YOGA - JANUSHIRSASANA

Les postures de Yoga portent des noms en sanskrit, la langue sacrée de l’Inde. Utiliser le nom originel permet non seulement de ne pas faire de contresens dans l’interprétation de la posture, mais donne encore un charme indiscutable à votre conversation !

Les noms donnés aux postures sont d’origine très diverse : nom d’une personne (Matsyendrasana, en hommage au Rishi Matsyendra), d’un animal (Bhujangâsana, le cobra), d’un objet ( Halasana, la charrue), d’un élément naturel (Vrikshasana, l’arbre)... Ce nom n’a pourtant rien d’arbitraire et renvoie à la signification profonde de la posture que le Yogi, qui cultive la sagesse, doit découvrir.
Pour que vous n’ayez pas trop mal à la tête dès ce début de semaine, j’ai choisi de vous présenter Janushirsasana, à tort appelé parfois " pince debout ". Janushirsâsana accole deux noms : Sirsa (la tête) et Janu (les genoux). L’étymologie nous laisse ainsi entrevoir que la posture est réalisée lorsque le front est rapproché des genoux, voire posé sur eux. Mais ce nom importe bien plus par ce qu’il tait que par ce qu’il exprime. Le mot sanskrit Janushirsâsana nous enseigne ainsi, en creux, que le chemin qui mène à la posture est plus important que le résultat final apparent. Le Yoga est une voie de développement, un chemin que l’on emprunte, pas un Grand Prix de formule 1. Sinon gare à la casse !

Ce cheminement, le voici. La posture se prépare en position debout, les deux pieds joints, les bras ballants.
La première étape constitue une véritable relaxation dynamique. On laisse le tronc descendre tout doucement, en prenant bien conscience de la détente progressive de toutes les parties du corps. Ainsi, à mesure que le buste fléchit vers l’avant, on sent le menton tomber doucement et se rapprocher du cou. C’est alors l’occasion de ressentir la décontraction de la région cervicale. Et puis, à mesure que la flexion se propage en descendant vers le bas du dos, on sent les bras relâchés pendre agréablement devant soi, tandis que les épaules s’abaissent. La flexion se propage lentement le long de la colonne vertébrale et toute la partie supérieure du corps pend confortablement. La pesanteur aide ainsi à libérer les tensions emmagasinées. Cette descente s’effectue dans un esprit de complet lâcher-prise, en ne recherchant rien d’autre que le bien-être de la détente. A un moment donné, votre corps s’arrête, de lui-même. Respectez cette frontière qui constitue votre limite protectrice et renoncez à vouloir descendre plus avant, pas même d’un millimètre. Sans cela vous créeriez instantanément en vous un conflit qui ferait voler en éclat toute union ( yoga en sanskrit). A quoi bon, d’ailleurs, descendre plus bas, il n’y a rien à ramasser au sol !

Une autre phase du travail commence alors.
Pliez les genoux légèrement pour permettre à votre abdomen de se coller à vos cuisses. Vous installez ainsi la bascule de votre bassin, sans laquelle il n’y aurait pas de posture. Le chakra correspondant se trouve sollicité et vous percevez que tout votre dos est étiré. Ce travail, faut-il le rappeler, s’effectue avec douceur, progression et fermeté. Prenez le temps de sentir cet étirement depuis la pointe du coccyx jusqu’à la région cervicale. Comme la corde d’un violon que fait vibrer l’archet, que cette corde soit tendue - pour qu’un son puisse s’élever - sans qu'elle le soit trop - afin de ne pas casser. Laissez, finalement, votre front se rapprocher de vos genoux . Ainsi, cette proximité du front et des genoux, que révèle le nom Janushirsasana, ne constitue que la phase ultime d’un processus qu’il faut vivre pleinement et dans son ensemble.
Dès lors, cette posture apparaît comme la métaphore de notre vie. Sommes nous donc si pressés d'en arriver au terme ? Voilà bien ce qu’il faudrait méditer.

Certains ouvrages appellent à tort Janushirshasana " la pince debout ". Cette francisation, fort louable, est malheureusement trompeuse : il n’y a ici pas plus de pince que de crabe, et la seule chose que vous pourriez bien obtenir c’est le pincement d’un disque intervertébral, ce qui n’est assurément pas souhaitable ! Si par contre, vous prenez le temps de vivre pleinement chaque étape de cette posture, en renonçant à tout esprit de compétition, d’orgueil, vous soulagerez incontestablement votre dos.

Janushirsasana nous invite ainsi à chercher en nous même l’essence du Yoga. Cette posture fait appel à notre sagesse inhérente, à notre créativité et à notre liberté.

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