jeudi 14 décembre 2017

Ujjayi Pranayama


Les Yogis identifient plusieurs causes aux problèmes de santé dont souffrent les êtres humains. Certains troubles ont ainsi une origine lointaine et sont la conséquence d’actes négatifs antérieurs.  Le remède véritable consistera donc à purifier l’esprit de ses souillures.

La seconde cause, plus proche, est d’ordre énergétique : une circulation incorrecte de l’énergie vitale dans le corps subtil entrainera à moyen terme un trouble de la santé. Les pratiques du Pranayama (Maitrise du souffle subtil) fournissent des remèdes très puissants et variés pour traiter ces difficultés.

Enfin, les troubles de la santé peuvent avoir une cause matérielle très proche et résulter de conditions de vie néfaste : mauvaise alimentation, pollution, contamination par une bactérie, un virus… Si la médecine traditionnelle indienne a développé des remèdes, la puissance des traitements déployés par la médecine occidentale est universellement reconnue.

Comme on le perçoit aisément ces trois approches se complètent et s’enrichissent mutuellement. La première approche est à la fois spirituelle et psychologique, la seconde énergétique et la dernière matérielle.

Dans la mesure où l’être humain est composé d’un esprit, d’un corps énérgétique et d’un corps physique, une approche complète du soin nécessiterait de n’exclure aucune de ces trois dimensions, qui sont d’ailleurs en étroite relation les unes envers les autres.

Ujjayi constitue l’une des techniques énergétiques les plus surprenantes. En dépit de son caractère extrêmement efficace beaucoup d’Occidentaux rechignent à la mettre en œuvre, sans doute en raison d’un blocage psychologique : Ujjayi fait produire un son rauque avec la gorge que d’aucuns peuvent trouver disgracieux, voire incongru. Mais les Yogis se soucient assez peu des convenances sociales, si leur santé est à ce prix.

Selon l’étymologie la plus fréquemment retenue, Ujjayi signifie « victorieux » en sanskrit, ce qui laisse en suspens la question naturelle : « victorieux, mais de quoi ? ». Pour les Yogis, Ujjayi pranayama permet de triompher de la maladie, de la vieillesse et de la mort. Ainsi, grâce à la puissance thérapeutique de cette technique, de nombreuses maladies vont pouvoir être mises à distance, le vieillissement du corps sera retardé et la vie de l’adepte sera ainsi prolongée au-delà des limites fréquemment admises.

Il est bien évident que si cet exercice se trouve mis en œuvre dans le cadre d’une pratique spirituelle authentique, comme c’est traditionnellement le cas, les vertus d‘Ujjayi Pranayama se trouveront décuplées.

Ujjayi pranayama constitue donc une des pratiques de longue vie les plus célèbres et les plus efficaces.

1.      Mise en oeuvre

Comme toutes les techniques de Pranayama, Ujjayi se pratique en posture méditative. Cependant Swami Shivananda indique qu’elle peut être accomplie debout, immobile ou bien en marchant. Ce qui est essentiel, comme toute pratique énergétique, est que la colonne vertébrale reste bien droite pour permettre la circulation correcte des souffles subtils.

Ujjayi Pranayama est immédiatement reconnaissable au son qu’il produit. L’air est inspiré lentement, régulièrement par les deux narines jusqu’à ce que les poumons soient remplis complètement. Cette inspiration se fait en obturant pour partie la glotte qui est le passage qu’emprunte l’air inspiré après son entrée dans l’arrière-gorge (pharynx), juste avant sa descente dans le larynx. Le rétrécissement du passage de l’air induit par Ujjayi produit une vibration qui provoque ce bruit si caractéristique.

En posant délicatement les doigts d’une main sur le bas de la gorge, quelques centimètres sous le menton, on sent aisément que c’est de là que la vibration se trouve émise.

Pour réaliser à coup sûr l’inspiration correcte, imaginez que vous inspiriez directement par le bas de la gorge, comme si vous aviez subi une trachéotomie. C’est certain, présenté ainsi, c’est peu engageant mais, cela me permet immédiatement de pratiquer de façon juste ! Si cela vous convient mieux vous pouvez penser à cette réflexion d’une personne qui m’entendait pratiquer : « Mais, c’est la respiration de Dark Vaddor ! »

Une fois les poumons pleins, on installe jalandhara bandha en déglutissant et abaissant le menton. L’air est ainsi retenu dans les poumons sans forcer, jusqu’à ce que l’on ressente la nécessité d’expirer.

On obture alors la narine droite avec le pouce et l’on expire à gauche. L’expiration est lente, régulière et complète.

On recommence ensuite le processus.

2.      Résultats

Ce Pranayama permet tout d’abord d’équilibrer les différents éléments constitutifs de notre corps selon la médecine traditionnelle indienne. En particulier Ujjayi Pranayama traite les maladies qui procèdent d’un déséquilibre de l’élément feu et de l’élément air.

Ujjayyi Pranayama élimine les affections du système respiratoire, tels que l’asthme, la rhinopharyngite, l’angine, la bronchiolite, le rhume.

Les problèmes mentaux sont grandement soulagés : état dépressif, anxiété, crise de nerfs.

Le feu digestif est déployé ce qui permet une excellente assimilation des aliments, tant de leurs constituants chimiques que du Prana qu’ils recèlent. Ceci se traduit extérieurement, selon Swami Shivananda, par l’obtention d’une belle couleur de peau, d’un très joli teint.

lundi 6 novembre 2017

Makarasana


Makarasana est un nom générique attribué à tout un ensemble de postures. Certaines sont adoptées en position à plat ventre, tandis que d’autres sont réalisées allongé sur le dos. Ce sont ces dernières que nous allons examiner ici.

Toutes les variantes prises sur le dos présentent une caractéristique commune : une double torsion se trouve placée dans le bas du dos et dans la région cervicale.

Trois raisons essentielles justifient une étude détaillée de Makarasana. Son caractère universel mérite tout d’abord d’être souligné : Makarasana est accessible à tous car elle ne présente pas de difficulté technique ; aussi, même les personnes très âgées, ou celles dont la mobilité est fortement réduite, pourront la mettre en œuvre. Elle est, en outre, très stable et demande peu d’efforts physiques : adoptée sur le dos, l’adepte n’a aucune difficulté à entrer dans cette posture et à la conserver. Enfin, ses bienfaits sont immenses et très variés, comme nous le verrons.
 

1·         Signification du nom


Makarasana est souvent traduit par posture (asana) du crocodile (Makara), ce qui est très réducteur.
Toute posture dans le Hatha yoga est fondamentalement sacrée en ce qu’elle nous permet de nous relier à la dimension transcendante qui est en chacun de nous. Une telle perception pure des phénomènes est au cœur même de la pratique du Yoga : l’adepte perçoit la nature profonde des choses au-delà de leur apparence ordinaire. Dans le cas de Makarasana, cette dimension sacrée se trouve particulièrement soulignée. Makara constitue, en effet, le nom du véhicule du dieu des eaux de l’Inde védique, Varuna .

Makara, véhicule du dieu Varuna

 Makara est aussi la monture de Ganga, tout à la fois déesse et fleuve nourricier pour des centaines de millions d’habitants du Nord de l’Inde. 


Makara , véhicule de la déesse Ganga
 










La représentation formelle de Makara est très instructive. Le corps de ce monstre marin est constitué pour l’essentiel par celui d’un crocodile, mais une trompe d’éléphant vient terminer sa gueule. Cette forme hybride revêt une signification symbolique essentielle qu’il convient d’analyser.

Les travaux contemporains du neurobiologiste Paul D. Mac Lean sur le cerveau « tri unique » de l’homme nous donnent facilement accès à cette signification.

Pour Mac Lean, le cerveau humain comprend trois composantes apparues successivement au cours de l'évolution.  Ainsi, la zone la plus ancienne, appelée cerveau reptilien, régit les fonctions élémentaires liées à la survie de l’espèce : agressivité, sexualité, satisfaction de la faim et de la soif. Une région plus récente, propre aux mammifères, assure l’épanouissement des émotions et l’épanchement des liens affectifs. Enfin, une dernière composante de notre cerveau, spécifiquement humaine, nous permet de déployer une pensée abstraite et de comprendre le langage symbolique.
Dès lors, la signification de la posture Makarasana devient très claire. Grâce à sa maitrise du corps subtil, le Yogi va pouvoir éveiller l’énergie vitale. Mais cette puissance qui, si elle n’était pas canalisée pourrait être destructrice pour soi et pour autrui, va être transmuée en amour altruiste inconditionnel, en sentiment de fraternité à l’égard de tous les êtres. Une telle réalisation ne peut être atteinte que grâce à la compréhension véritable de la posture.
Comment cette énergie vitale se trouve-t-elle activée ? Comment le Yogi parvient-il à la transmuer en puissance d’amour universel ? Les instructions relatives à la mise en œuvre de Makarasana répondront à ces questions. 
 

2. Technique


·        Principes généraux

Les postures qui portent le nom de Makarasana présentent une série de caractéristiques communes. 
L’adepte est allongé sur le dos avec les bras placés en croix, bien tendus. Les paumes peuvent être tournées vers le sol ou vers le plafond.
Le pratiquant installe ensuite une double torsion, d’abord dans le bas de son dos, puis dans sa région cervicale. Les pieds sont toujours orientés dans le sens opposé à la tête : quand ils partent vers la droite, la tête se tourne vers la gauche, et inversement. 
Une rétention de souffle, poumons pleins, se trouve aussi placée.
Durant la rétention de souffle, le périnée est maintenu fermement contracté.
Il est tout à fait possible de pratiquer les postures portant le nom de Makarasana de façon individualisée, isolée, mais il est aussi possible de les associer dans une série, extrêmement puissante. Nous allons aborder cette seconde approche et détailler plusieurs postures remarquables.

21·         PREMIERE POSTURE


·         Placer le corps dans la position de départ


Allongé sur le dos, l’adepte plaque les deux pieds l’un contre l’autre et veille à l’alignement exact de sa colonne vertébrale. Le bas du dos est rapproché du sol et le menton se trouve abaissé afin d’estomper les courbures de la colonne vertébrale.
 
·         les bras en croix








Les bras sont placés en croix, bien tendus.

Ce positionnement particulier des bras a pour effet de plaquer le haut du tronc au sol : cette zone constitue ainsi le point d’équilibre en-dessous et au-dessus duquel les deux torsions de la colonne vont être placées de façon harmonieuse. Sans une telle disposition des bras, le bassin risquerait  de basculer brutalement d’un coté, sous l’effet de son poids, endommageant ainsi les disques intervertébraux de la région lombaire. La position des bras permet ainsi à l’adepte de mieux maitriser les mouvements de son corps , et d' identifier et respecter ses limites pour une pratique totalement sécurisée.

·         Le positionnement des pieds
On soulève le pied droit pour placer le talon droit sur le gros orteil gauche.

·         Le placement de la double torsion

La décomposition méticuleuse de la posture est une des clefs de ses bienfaits.

 L’adepte inspire lentement en trois parties (abdomen, thorax, épaules). Puis, il retient le souffle, les poumons pleins, sans forcer. Comme la torsion va accentuer la pression à l’intérieur des poumons, il est important de se sentir à l’aise lorsque les poumons sont remplis.
Le périnée se trouve alors vigoureusement contracté, comme si on voulait le tirer vers le sommet du crâne.
Les pieds partent d’abord vers la droite, tandis qu’on sent le bassin pivoter du même côté. Puis, le visage se tourne vers la gauche.
On marque alors un léger temps d’arrêt, en veillant à garder bien ferme la contraction du périnée.
Puis, on fait remonter les pieds et la tête qui se tournent respectivement du côté opposé : les pieds vers la droite et la tête vers la gauche. On demeure un instant immobile. Puis, les pieds et la tête se redressent et reviennent en position initiale.
Alors, on expire et on relâche le périnée.
On reprend aussitôt une profonde inspiration et on recommence. On le fait trois fois en tout.
Puis, on pose le pied gauche au sol .

Les débutants voudrons peut être aller trop vite. Or, il est indispensable de prendre son temps : ne pas simplement faire, mais ressentir pleinement en faisant .
Il faudra donc bien veiller à faire partir l’inspiration du ventre, pour sentir ensuite l’ouverture du thorax, et enfin le soulèvement des épaules.
On veillera aussi a bien décomposer la double torsion : si on veut tourner les pieds en même temps que la tête, on risque de ne faire bien ni l’un ni l’autre. Quand on aura maintes et maintes fois pratiqué cette posture et ressenti ses bienfaits, on pourra alors tourner concomitamment les pieds et la tête.

·         Placer la torsion dans l’autre sens

Le talon gauche est maintenant posé sur le gros orteil droit. A cette distinction près, l’enchainement se déroule exactement de la même façon que précédemment.

















On inspire profondément et on retient le souffle en contractant le périnée. Alors, les pieds se tournent vers la droite pour commencer, puis la tête s’oriente vers la gauche. On marque une petite pause, puis les pieds et la tête se tournent respectivement dans l’autre direction. On marque une petite pause. Puis les pieds et la tête se redressent. Alors on expire et on relâche le périnée.
Ceci constitue la réalisation de la première posture.
On insistera sur un fait : les pieds commencent toujours à partir vers la droite.

 
22. DEUXIEME POSTURE

·         la position de départ
 
 
 
 
 
 
 
Allongé sur le dos, l’adepte plie les genoux, rapproche les deux pieds et plaque les genoux l’un contre l’autre. La flexion des genoux installe automatiquement la bascule du bassin : la région lombaire se trouve spontanément plaquée au sol. Le menton est abaissé pour bien dégager la nuque.
Les deux jambes sont placées l’une contre l’autre mais vont se déplacer de façon autonome l’une par rapport à l’autre. Ainsi, quand les deux jambes descendront d’un côté, les genoux ne resteront pas nécessairement plaqués l’un contre l’autre. Chaque jambe "vit" en quelque sorte "sa propre vie", c’est à dire descend plus ou moins.
Les bras sont placés en croix.

·         Le placement de la double torsion


 
 
 
 
L’adepte inspire lentement en trois parties (abdomen, thorax, épaules), puis retient le souffle, les poumons pleins, sans forcer. Le périnée se trouve alors vigoureusement contracté.
Les pieds et les genoux partent d’abord vers la droite, tandis qu’on sent le bassin pivoter du même côté. Puis, le visage se tourne vers la gauche.
On marque alors un léger temps d’arrêt, en veillant à garder bien ferme la contraction du périnée.
Puis, on fait remonter les genoux et la tête qui se tournent respectivement du côté opposé : les genoux vers la gauche et la tête vers la droite. On demeure un instant immobile, le périnée bien ferme. Puis, les pieds et la tête se redressent et reviennent en position initiale.
Alors, on expire et on relâche le périnée.
On reprend aussitôt une profonde inspiration et on recommence. On le fait trois fois en tout.
Ceci constitue la réalisation de la deuxième posture.
 

23. TROISIEME POSTURE


·         la position de départ
Allongé sur le dos, l’adepte plie les genoux et pose les pieds au sol.
 
 
 
 
 

 

 
Les deux pieds et les deux genoux sont largement écartés. Il serait souhaitable d’installer un écart entre les deux pieds qui corresponde à la longueur de notre tibia (le bas de la jambe).
Les bras sont toujours placés en croix.
·         Le placement de la double torsion


Les indications sont exactement les mêmes que pour la deuxième posture.
 
Comme on le constate, il existe une progression dans les trois postures que nous venons de présenter: la torsion dans la région lombaire se trouve régulièrement accentuée. Cette torsion induit un massage interne de plus en plus profond, à condition que la respiration reste pleinement déployée.
Il serait possible d’ajouter encore d’autres variantes de Makarasana. Néanmoins, celles que nous venons de décrire constituent une excellente base pour une pratique hebdomadaire, ou quotidienne.
 

3.         Les étapes dans la pratique



Comme pour tout exercice de Yoga, plusieurs niveaux de pratique peuvent être identifiés. Il est, par contre, absolument impossible de prédire à l’avance combien de temps dureront ces différentes phases, tout ceci étant personnel. Seule l’obtention de certains résultats révélera où se trouve le pratiquant dans la progression.
La phase d’apprentissage vise à réaliser la posture correctement d’un point de vue technique. Ce stade est atteint par l’obtention de certains bienfaits physiologiques et énergétiques. Par exemple, l’adepte ressent une grande sensation de détente, une amélioration du transit intestinal et de la digestion.
Durant la phase de maturation, la posture est accomplie de façon fluide, sans à-coups, et le l'adepte parvient à garder le périnée constamment contracté. Cette mobilisation musculaire est à l’origine des effets énergétiques puissants de Makarasana. Elle sollicite le chakra de la base (Muladhara chakra), situé au bas de la colonne vertébrale, comme l'atteste une représentation de la déesse Ganga, au temple de Mahabalipuram (voir ci-dessous). 

 

La déesse Ganga repose sur sa monture Makara (temple de Mahabalipuram, Inde).
Makara se trouve placé au bas de la colonne et Ganga tient les deux canaux latéraux, Ida et Pingala, qui s'entrecroisent au niveau des chakras 
Au cours de cette seconde phase, l’adepte fait l’expérience de beaucoup d’entrain, de dynamisme et de joie dans sa vie quotidienne. Son temps de sommeil se trouve raccourci de manière significative. 

Enfin, dans la pratique de niveau supérieur, l’adepte est constamment inspiré par le souhait de prendre soin de soi et de veiller au bien de tous les êtres vivants. Les bienfaits obtenus de la posture génèrent l’accomplissement d’actes nobles, dépourvus de tout égoïsme, ou désir de nuire, ou d’asservir autrui. L’utilisation incorrecte des capacités engendrées par Makarasana  occasionnerait d'ailleurs pour l’adepte  de nombreux désagréments à plus ou moins brève échéance.
Dans cette dernière phase, la posture est accomplie correctement d’un point de vue technique, le périnée demeure constamment contracté et l‘adepte place sa concentration au niveau du cœur (Anahata Chakra). Il peut alors réciter intérieurement le mantra Ham qui correspond à ce centre d'énergie. 

4.         Les bienfaits :


L’énumération des immenses bienfaits de Makarasana suffit à faire d’elle une posture fondamentale du Hatha Yoga.
Nombre de ses bienfaits nous sont révélés par la figure mythologique de Makara, monstre propice des Védas : développement de la puissance créatrice, fécondité, déploiement de l’amour altruiste.
Makarasana est donc particulièrement adapté pour lutter contre les états dépressifs, retrouver de la vitalité, de l’entrain, du dynamisme. Makarasana procure une grande joie de vivre, ce qui nous permet de faire face avec plus de sérénité et de confiance aux aléas de la vie.
La torsion du bassin induit un massage interne profond de l’abdomen qui agit puissamment sur tous les viscères : estomac, intestins, rate, pancréas, reins se trouvent décongestionnés et revitalisés. Makarasana a donc une action magistrale en cas de constipation et de diabète. Permettant une évacuation plus rapide des déchets de l’organisme, Makarasana joue aussi un rôle important dans la prévention du cancer du colon.
Le système nerveux se trouve revitalisé grâce à la torsion qui est installée sur toute la longueur de la colonne vertébrale. Cet « essorage » agit sur les terminaisons nerveuses qui émanent de la colonne vertébrale, permettant une meilleure circulation des influx nerveux. De plus, la torsion permet de réguler le fonctionnement des glandes surrénales  qui sécrètent les hormones du stress (adrénaline, noradrénaline, cortisol). Makarasana permet donc de lutter efficacement contre les méfaits du stress qui nous épuise et de préserver le bon fonctionnement du système nerveux.
Ce brassage interne très puissant est à l’origine d’une profonde sensation de détente, de délassement qui se manifeste très rapidement. Il est d’ailleurs fréquent que le bâillement se déclenche spontanément lors même de la mise en œuvre de Makarasana si la respiration se trouve suffisamment déployée.
Pratiquée avec précaution, Makarasana permet de soulager les maux de dos et d’éviter l’apparition des scolioses.
La sollicitation douce des articulations des chevilles, genoux et hanches contribue au bon fonctionnement des membres inférieurs. Makarasana va ainsi permettre à la personne de conserver sa mobilité et de continuer à marcher, même à un âge très avancé.

5. Contre-indications et obstacles


Les personnes présentant des problèmes cardiaques s’abstiendront d’effectuer les rétentions de souffle : elles respireront donc constamment, de façon ample et détendue.
Celles et ceux qui ressentent une douleur dans les épaules lorsqu’elles placent les bras en croix, pourront abaisser les deux bras de façon symétrique.
Les personnes dont le dos est fragile et qui sont souvent sujettes aux lombalgies, cervicalgies et scolioses modérées  pourront pratiquer de façon prudente dès lors que toute crise douloureuse est passée. En effet, ce n’est pas tant l’amplitude du mouvement qui confère à Makarasana sa réelle  puissance que la conscience qu'a le pratiquant d’effectuer un mouvement juste et maitrisé. Ainsi, le bassin pourra ne bouger que de quelques millimètres : si ce déplacement est accompli en pleine conscience, alors de grands bienfaits physiques et énergétiques seront obtenus.
Il est enfin fortement déconseillé de chercher à forcer l’entrée de l’énergie dans le canal central (Sushumna). On parviendrait seulement à endommager le corps subtil et à se créer des problèmes.

CONCLUSION



Tout comme Jean de Lafontaine affirmait :« je me sers d’animaux pour instruire les hommes *», les Yogis ont parfois recours à des noms d’animaux pour nous parler en réalité des humains.
Comme nous l’avons vu Makara est bien plus qu’un crocodile. Et d’ailleurs cet animal est souvent utilisé comme symbole de l’amour altruiste dans la mythologie orientale. Car de même que le crocodile ne relâche jamais sa proie quand il la tient, l’amour authentique généré par le Yogi n’abandonne jamais les êtres qui sont dans la souffrance.
En pratiquant Makarasana le Yogi réalise pleinement sa véritable nature : il développe sa santé, sa puissance, et transmute l' énergie activée pour réaliser le bien de tous les êtres vivants.
* La Fontaine, Fables, Livre premier, deuxième préface à Monseigneur le Dauphin
 
bibliographie
Louis Frederic, Dictionnaire de la civilisation indienne, Robert Laffont, collection Bouquins (articles sur Makara et Varuna)
Arthur Koestler, Le cheval dans la locomotive, Calmann-Levy Avril 1980

P. D. Mac Lean,  Les trois cerveaux de l'homme, Robert Laffont Octobre 1990
 






 

 





mardi 29 août 2017

La non-violence, essence du Yoga


La non-violence constitue l’alpha et l’oméga de la pratique du Yoga. L’alpha parce que tout commence par elle : il est impossible à quiconque d’aborder véritablement cette discipline sans souhaiter se libérer de toute forme de violence. Elle en constitue aussi l’oméga car, au fil des ans, le pratiquant parvient à intégrer cette valeur à un point tel qu’elle sous-tend chacune de ses actions. Il n’a alors de cesse, en toutes circonstances, d’accomplir avec aisance le bien d’autrui et son bien propre.

En parlant ainsi de l’esprit du Yoga, on se trouve bien loin de la simple gymnastique à laquelle certains, un peu trop pressés, voudraient réduire cette discipline.

Certes, les postures ont leur importance, et les passionnés d’exercices physiques, de maitrise corporelle, seront amplement rassasiés. Mais toute la technique du Yoga est mise au service d’une philosophie, d’une conception de l’être humain et de son épanouissement. Et cette finalité élevée transcende complètement la dimension corporelle de la discipline. Si l’on oubliait un seul moment que le Yoga constitue un des sat darshana, un des six systèmes de l’hindouisme qui se propose de libérer l’être humain de la souffrance, on passerait aussitôt à côté de l’essence de cette pratique.

Patanjali a exposé dans les Yoga sutra, aphorismes sur le Yoga, les composantes de l’Ashtanga Yoga, la discipline en huit membres. Pour comprendre ce dont il est question il suffit de faire un très léger détour. Si nous cherchons, par exemple, à définir ce qu’est un éléphant, nous dirons : « c’est un animal qui possède une trompe, une queue, quatre pattes et deux défenses ». Nous définissons ainsi l’éléphant en nommant les parties constitutives de son corps. Appliquant ce principe au Yoga, Patanjali en a défini les huit composantes, ou anga (« membres » en sanskrit). Ainsi, pas plus que l’éléphant n’est constitué uniquement d’une défense et d’une trompe, on ne saurait réduire le Yoga aux postures et à la maitrise du souffle.

Patanjali a pris soin d’exposer ces huit anga selon un certain ordre : d’abord Yama et Niyama, puis Asana (postures), Pranayama (maitrise du souffle), Pratyahara (le retrait des sens), Dharana (concentration), Dhyana (méditation) et, enfin, Samadhi (extase).

Yama se trouve traditionnellement traduit par « réfrènements » : l’adepte s’empêche ainsi d’accomplir un certain nombre d’actions nuisibles. De son côté, Niyama désigne « les prescriptions », soit un ensemble d’actions positives que l’adepte cultive.

Yama et Niyama englobent ainsi des principes moraux qui sont la base même du Yoga. Ce sont les fondements sans lesquels la discipline n’existe tout simplement pas.

Certains pourraient alors prendre le Yoga pour une discipline bien austère puisqu’ elle exige de tout candidat un esprit tourné vers le bien. Mais il faut comprendre qu’une telle exigence est éminemment protectrice : toute personne qui s’engagerait dans la pratique en se croyant exempt de tout engament moral irait au-devant de graves déconvenues. Certains, méprisant cette invitation, y ont laissé jusqu’à leur santé mentale.

Au premier rang des réfrènements Patanjali fait figurer Ahimsa, la non-violence. Une telle place suffit à nous révéler l’importance primordiale que revêt cette valeur pour le Yoga.

Il est donc essentiel de préciser maintenant le sens de cette notion (I). Puis, nous indiquerons comment concrètement actualiser la non-violence lors d’une séance de Yoga(II).

1.    Le Yogi respecte la non-violence dans ses différentes acceptions.


L’adepte du Yoga met en œuvre dans sa pratique une conception large de l’Ahimsa.

·       S’abstenir de tuer

Tout d’abord, le Yogi respecte la définition la plus élémentaire de la non-violence: s’abstenir de tuer. Il renonce à tuer, non seulement ses congénères, mais aussi les animaux. Il témoigne aussi un grand respect envers les forêts, les cours d’eau, sans lesquels la vie ne serait pas possible. Il est le premier des défenseurs de l’environnement car il sait que les humains et les animaux y puisent leurs moyens d’existence.

De tels choix de vie peuvent nous paraitre surprenants. Nous consommons de la viande, et cela nous parait donc normal de faire tuer des animaux. Pourtant, à bien y réfléchir, aucun animal ne va de son plein gré à l’abattoir, et si on lui en laisse la possibilité, il s’en échappe immédiatement. Pour quelle raison irions-nous donc imposer une telle souffrance à un autre être, alors que nous ne voudrions pas subir un tel destin ?

Ce principe de non-violence marque un progrès profond dans l’histoire de l’humanité. C’est son affirmation qui a conduit le brahmanisme à renoncer dans ses rituels au sacrifice d’être vivants.  Le sacrifice est désormais conçu comme un renoncement intérieur effectué par le pratiquant.

Renoncer volontairement à tuer n’est pas toujours un choix facile à effectuer pour un homme. Certaines cultures valorisent la violence et, être capable de tuer, constitue alors une composante même de la virilité. Le cow-boy est bien la figure emblématique d’une telle conception, mais elle n’en est pas la seule. Dans toute culture machiste, un homme se doit d’être dur, destructeur pour lui-même et pour ceux qui l’entourent.

Or, être humain, pleinement humain, c’est précisément renoncer totalement à la violence. Ne dit-on pas, d’ailleurs, d’un conquérant qu’il fait preuve d’humanité quand il accorde sa grâce à ses adversaires vaincus et leur laisse la vie sauve ? Et il faut beaucoup plus de courage pour renoncer à la violence que pour y céder car c’est souvent rompre avec les valeurs de son milieu, quitter le clan, contredire les valeurs de sa famille d’origine.

Le Yogi ne se contente pas de respecter cette conception étroite de la non-violence, s’abstenir de tuer. Dans son rejet de toute forme de violence, il renonce plus largement à causer du tort à autrui. Il s’abstient ainsi de créer de la souffrance.

·       Renoncer à faire du mal à autrui

Cette décision se fonde sur un raisonnement très simple.

Les Yogis pensent que toutes leurs actions engendrent des conséquences de même nature que l’acte initial. Ainsi, leurs actes positifs seront immanquablement sources de bonheur pour eux-mêmes. Inversement, ils sont convaincus que tous leurs actes négatifs se retourneront finalement contre eux et seront à l’origine de souffrances futures auxquelles ils ne pourront manquer d’échapper. Ce principe, appelé loi du karma, régit le destin des êtres vivants, aussi surement que l’attraction universelle gouverne les corps physiques. En toute logique, les Yogis, qui veulent se libérer définitivement de la souffrance, s’abstiennent d’accomplir les actes qui généreraient une telle souffrance. Ils renoncent donc à créer tout tort à autrui.

·       Rechercher le bien d’autrui

Elargissant encore ce principe, les Yogis vont plus loin : aspirant à un bonheur durable, ils génèrent incessamment, constamment, des actes excellents destinés au bien de tous les êtres. Ils savent qu’ils en recueilleront, à court ou à long terme, les très puissants bénéfices.

Les adeptes du Yoga dépassent ainsi la conception purement négative de la non-violence - s’abstenir de tuer et de nuire à autrui - pour s’ouvrir à une conception réellement positive - réaliser en toute circonstance le bien d’autrui et le leur propre.

On ne saurait donc pratiquer correctement le Yoga sans pratiquer constamment la non-violence.

2.    L’expression de cette non-violence dans la pratique


Examinons maintenant comment, à l’occasion d’une séance de Yoga, nous mettons en œuvre concrètement cette non-violence.

·       Méditer sur la bienveillance

Comme nous l’avons indiqué, Yama et Nyama constituent les deux premières phases du Yoga exposées par Patanjali.

En début de séance nous commençons par couper court à nos préoccupations ordinaires afin de ne pas être parasités par elles. Nous détournons ainsi le cours habituel de nos pensées car elles sont imprégnées de perturbations mentales. Pour générer un esprit bienveillant à l’égard de soi et de tous les êtres, nous nous remémorons durant quelques instants les bienfaits que l’on souhaite obtenir de la pratique : un excellent état de santé, une vie longue et heureuse, la réussite dans nos projets, un esprit fertile et paisible.

On pense aussi que les bienfaits qui découlent d’un esprit serein vont nous permettre d’être plus justes dans la relation à autrui. On pratique donc pour soi, mais aussi pour son conjoint, ses enfants, ses collègues, ses voisins, et finalement pour le monde entier qui a tellement besoin de paix et d’harmonie.

On sait pouvoir atteindre ces résultats car de grands Yogis nous ont précédé sur notre chemin. Aussi nous savons, avec une entière certitude, que nos vœux ne sont ni de vaines chimères, ni des rêveries enfantines : c’est un engagement, une orientation murement réfléchie.

La lecture de biographies d’êtres tels que Ramana Maharshi, Ma Ananda Moyi, Gandhi, Ramakrishna, swami Vivékananda, Swami Shivananda, est très inspirante et peut nous aider à ouvrir plus largement notre esprit.

Cette première phase, durant laquelle nous méditons sur la bienveillance, va imprégner complètement tout le déroulé de notre séance. Tout ce que nous allons accomplir, si minime soit-il, sera excellent car orienté dans la bonne direction.

·       Actualiser la non-violence dans la prise des postures

Inspiré par ce sentiment d’amour universel, l’adepte va alors pouvoir mettre en œuvre de façon juste le troisième « membre » de la pratique du Yoga : les asanas (postures). Ces postures sont très nombreuses, et comprennent de multiples variantes. Aussi, bien souvent, ne met on en œuvre qu’une quinzaine d’asanas à l’occasion d’un cours.

Ce qui est déterminant, pour recueillir des bienfaits, c’est l’attitude intérieure que l’on génère.

Laissant son esprit au repos, le Yogi reconnait la nature véritable de ces enchainements corporels : au-delà de leur aspect physique, ils constituent avant tout des supports pour développer la concentration.

L’adepte aborde toute posture avec ses capacités physiques et mentales du moment. Il prend le temps de demeurer stable dans chacune d’elles, juste le temps qu’il le peut. Ainsi, au début, on demeurera quelques instants, quelques secondes, car le corps et l’esprit seront vite fatigués. Et puis, on prolongera un peu plus la tenue des postures, sans esprit de compétition.

Nous saurons spontanément à quel moment quitter la posture. Se poser la question :« combien de temps dois-je demeurer dans telle asana ? », n’a pas vraiment de sens car c’est établir une césure artificielle entre soi et la posture. A chaque instant nous actualisons la posture, nous la vivons pleinement.

Un pratiquant assidu constatera sans doute a postériori qu’il demeure une à deux minutes dans chaque posture car il n’est pas interdit de réfléchir sur sa pratique. Cependant, cette réflexion n’est menée qu’après, ou bien avant la séance, mais jamais pendant. Durant la pratique nous nous ouvrons pleinement au ressenti, nous sommes totalement recueillis dans l’instant présent, libres à l’égard de toute pensée.

Bien sûr, développer une attitude bienveillante envers soi-même n’est pas toujours chose facile. Pour nombre d’entre nous, il s’agit d’un entrainement, d’une attitude patiemment cultivée dont nous ressentons l’impérieuse nécessité. Certaines personnes ont pu intégrer durant leur enfance le message selon lequel « pour progresser, il faut que ce soit dur ! » Et ces personnes ont alors tendance à se rudoyer, à se maltraiter, à transgresser leurs limites. Pour elles, le Yoga constitue un merveilleux remède.

Personnellement, cela fait trente-cinq ans que je pratique. Six mois après ma découverte du Yoga, les problèmes de santé que j’enchainais à répétition se sont estompés, puis arrêtés. Il m’est depuis arrivé d’avoir la grippe, mais cela ne m’a jamais empêché d’assurer mes cours. Et les bilans de santé que j’ai fait réaliser de temps à autre, par sécurité, n’ont rien révélé de particulier. Cet excellent état de santé, je le dois complètement au Yoga et à son enseignement non-violent. Et je rends profondément hommage à cette longue lignée de maitres qui transmettent, de génération en génération, ce savoir ancestral merveilleux.

CONCLUSION

La non-violence apparait ainsi comme le point de départ et l’aboutissement de la pratique du Yoga.

Au fil d’un long chemin, l’adepte passe du souhait de se libérer de la violence à la mise en œuvre concrète de cette valeur dans chacun de ses actes.

C’est cette intégration qui est fondamentale et qui va marquer une réelle progression dans la pratique. Que vous puissiez demeurer un quart d’heure la tête en bas, comme une chauve-souris, dans Kapalasana, ou une heure entière dans la posture du cobra royal (Bhujangasana), n’a pas grande importance.

Mais si vous vous sentez plus heureux et si vous concourez à soulager la souffrance du monde, alors là, vous êtes un pratiquant authentique.

Christian Ledain