vendredi 27 avril 2018

Se soigner soi-même

La pratique du Yoga permet de prendre soin de soi, de préserver, ou de restaurer un excellent état de santé par la maîtrise de l’esprit et de l’énergie. Pour y parvenir, il est nécessaire de susciter et  d’affermir une attitude bienveillante vis-à-vis de soi, ce qui n’est pas facile pour tout le monde.

Notre corps humain est extrêmement précieux : il nous permet de nous déplacer et d’accomplir des actions excellentes. Mais il est aussi fragile, aimant peu les objets durs contre lesquels il se blesse et certains organismes microscopiques, dont la prolifération, parvient à le clouer au lit avec une forte fièvre.
De son coté, notre esprit représente le jardin le plus merveilleux qui soit : nous pouvons y faire germer l’amour, la fraternité, le pardon, l’enthousiasme. De telles pensées, de telles dispositions, dépendent directement du tour que nous donnons quotidiennement à notre esprit.

Il est donc nécessaire de veiller sur notre corps et sur notre esprit afin que notre vie soit épanouie, véritablement utile et source d’un bonheur authentique.
Le Yoga nous enseigne précisément comment maitriser ce corps et cet esprit.  Ces pratiques relèvent du Pranayama, la maitrise du souffle subtil et de la respiration.

De tels exercices ne sauraient, sans préjudice, être mis en œuvre directement par un esprit agité. Ils nécessitent une régulation mentale préalable, un petit détour par soi-même pour se centrer, se trouver et renoncer à l’attrait des objets extérieurs. Mais rassurez-vous, ce retrait en vous-même ne vous prendra que quelques instants.

1 Harmonisation préalable


Vous êtes installé en posture méditative, le dos aussi droit que possible.

Prenez d’abord le temps de percevoir votre respiration naturelle, spontanée : sentez ce qui bouge dans votre corps lorsque vous respirez. Percevez-vous une légère ondulation de votre abdomen, ou bien l’expansion mesurée de votre cage thoracique, ou encore un petit soulèvement de vos épaules ? Sentez. Tout cela est sans doute ténu, difficile à percevoir, mais prenez en le temps. Peut-être est-ce une combinaison discrète de la respiration haute et de l’ouverture du thorax. Sentez cette respiration toute personnelle, qui vous accompagne jour après jour, silencieusement. Notre façon de respirer est étroitement reliée aux expériences mentales que l’on fait et aux difficultés que nous expérimentons. C’est donc une découverte intime de première importante que vous faites actuellement. Sentez aussi la quantité d’air qui entre. Percevez le rythme de votre respiration. Différenciez la température de l’air que vous inhalez et celle de l’air que vous expirez.

Maintenant que vous connaissez mieux de l’intérieur cette respiration, prenez le temps de la savourer, de l’apprécier véritablement, tout comme on est surpris un soir de printemps par le parfum des lilas en fleurs dans une rue qui nous est pourtant familière. Goutez un instant, cet air qui entre par vos narines ; prenez un moment le temps d’être véritablement au monde et de cesser d’être affairé. Cessez de courir dans tous les sens comme un canard sans tête. Pensez qu’à chaque inspiration vous prenez non seulement de l’oxygène, mais aussi de l’énergie vitale, du Prana, dont tout votre être a besoin. Développez une perception pure : reliez-vous à ce qu’il y a de meilleur, percevez le monde à travers des verres dorés et non avec des lunettes noires. Par la même occasion, vous développez le contentement, la capacité à se réjouir de ce qui est, plutôt qu’à s’épuiser dans le désir de ce qui n’est pas. Réjouissez-vous d’être encore en vie cette journée.

Maintenant, régulez votre respiration. Placez la respiration en trois parties avec maintien de la sangle abdominale. Non parce qu’il le faudrait, pour obéir à une injonction, mais simplement  parce qu’elle vous fait du bien. Et vous le ressentez pleinement en cet instant. Il n’y a pas vraiment de raison de ne pas prendre soin de vous.

Vous venez, par le détour de quelques phrases, de quitter une forme de trépidation pour entrer  dans une forme de réceptivité particulière. Vous pouvez maintenant avec profit mettre en œuvre une technique de soin spécifique que les Yogis ont développé.

2 Technique de soin


Voici une pratique puissante de Pranayama qui va vous permettre d’activer le processus d’auto guérison : l’action conjointe de l’énergie et de l’esprit maitrisés va vous permettre de vous soigner.

Visualisez à l’inspiration un air de couleur blanche, extrêmement pur, qui entre par vos narines, circule dans vos fosses nasales, passe dans l’arrière-gorge, puis remplit vos poumons. De là, à partir du centre de votre cœur (Anahata chakra), visualisez cette énergie qui se diffuse à l’expiration dans tous les canaux de votre corps énergétique. Ces canaux sont semblables aux rigoles d’une immense rizière, ils irriguent tout votre corps, apportent l’énergie vitale à toutes vos cellules. Vous voyez et vous ressentez que cette énergie circule avec aisance, comme un petit cours d’eau, et que nul obstacle ne vient contrarier son cheminement. C’est cela le point essentiel : ressentez intérieurement, en imagination, que cette énergie apporte la vie partout sur son passage, tout comme le Gange fertilise la plaine du Nord de l’Inde et permet à des centaines de millions d’êtres humains de vivre. Si vous le vivez réellement en générant une émotion véritable, il va alors se passer une modification sur le plan matériel, physiologique, concret. Ayez la force de dépasser votre scepticisme. Qu’est-ce qu’il vous apporte ? La satisfaction d’être morne, faux rationaliste et véritable ignorant ? Vous risquez seulement de devenir plus heureux, plus puissant, plus joyeux et véritablement utile aux autres et à vous-même. 

Il est possible que vous fassiez actuellement l’expérience d’une certaine souffrance dans votre corps ou dans votre esprit. Voyons comment utiliser pleinement l’énergie pour vous soigner.

. traiter une souffrance physique


Si une maladie, un trouble, a commencé à faire son apparition dans votre corps, orientez l’énergie de façon privilégiée vers cette partie qui est en souffrance. Comme les Yogis nous l’apprennent, l’énergie vitale est maitrisée par l’esprit et va où l’esprit l’envoie.

Vous visualisez donc le cheminement du Prana que vous aviez préalablement emmagasiné au niveau du chakra du coeur et vous l’envoyez instantanément par la pensée vers la partie de votre corps qui en a particulièrement besoin.

Maintenant, visualisez et sentez que cette énergie est à l’œuvre, qu’elle vous soigne, qu’elle répare vos cellules. Vous vous représentez ce processus de la façon qui vous parle le plus, qui vous touche le plus. Par exemple, si vous souffrez de diabète, représentez-vous votre pancréas qui produit de l’insuline en quantité suffisante. Bien sûr, les médicaments apportent un secours précieux, mais sans la pleine mobilisation de l’esprit et de l’énergie ils seraient moins opérants. Au lieu d’être centré sur la maladie, reliez-vous à votre puissance vitale, au pouvoir de guérison qui est en vous, représentez-vous la comme fonctionnant de façon harmonieuse. Nous avons déjà évoqué dans un article le cas de ce Yogi, dont la gangrène avait détruit pour partie le pied et que les médecins occidentaux enjoignaient de se faire amputer avant de perdre complètement la jambe : il a guéri par le pouvoir de la méditation et son pied a repoussé, ce que la médecine occidentale n’a pu que constater sans se l’expliquer (cf. La méditation m’a sauvé, Phakyab Rinpoché). De telles réalisations nous sont, pour le moment, hors d'atteinte, mais le Yoga nous offre des possibilités de traitement plus accessibles à nos capacités de guérison ordinaires.

Il m’est ainsi arrivé, adolescent, de me faire un claquage musculaire à la cuisse en me lançant dans  une course, sans m’être préalablement échauffé: j’ai entendu un « crac » et ma jambe est subitement devenue roide de douleur. Par chance, le muscle n’était que partiellement déchiré dans  sa largeur. Rentré chez moi, je me suis allongé et me suis soigné uniquement par la pensée et l’énergie : je me voyais en train de ravauder ce muscle, tout comme un pêcheur reprise ses filets déchirés par endroits. J’étais concentré, j’avais une confiance totale en ce que je faisais et je cultivais inlassablement la sensation de guérison : très rapidement je sentais ma jambe me cuire  sous l’effet de l’énergie. En une dizaine de jours j’ai retrouvé l’usage normal de ma jambe.

Dans un premier temps, il vous sera plus facile de vous entrainer sans mettre en œuvre de respiration particulière. Vous effectuerez ainsi le soin avec l’énergie vitale que vous aurez préalablement accumulé. Mais quand vous serez familiarisé(e) avec le travail intérieur, vous pourrez placer la respiration avec Kumbhaka : 2 temps sur l’inspiration - 8 temps de rétention poumons pleins -  4 temps pour expirer. Vous pourrez penser que vous prenez le Prana pendant l’inspiration, que vous concentrez cette énergie au centre du cœur (Anahatha chakra) pendant la rétention de souffle et que l’énergie agit durant l’expiration. Cela rendra votre soin plus puissant.

. Traiter un problème mental


Il est aussi possible que vous fassiez l’expérience de difficultés psychologiques très répandues : stress, nervosité, irritabilité ou anxiété. Ces difficultés peuvent s’accompagner de troubles du sommeil, ou de problèmes somatiques divers (estomac noué, colon irritable, bruxisme…). Ce sont d’ailleurs souvent de tels maux qui incitent les personnes à se tourner vers le Yoga. Aussi, cette discipline est-elle tout à fait adaptée pour les soulager.

De telles difficultés s’accompagnent d’une circulation débridée de l’énergie vitale : elle circule de façon trop rapide dans la partie haute du corps. On va donc réorienter ce flux vers le bas. Par conséquent, à partir du centre du cœur, voyez ce courant se diriger de façon privilégiée vers le bassin et y circuler plus lentement, tel un fleuve large, puissant et majestueux. Très rapidement, l’esprit qui semblait vibrionner en tous sens, telle une ruche, devient plus posé, plus stable.  

Comme précédemment, quand ce sera possible on pourra mettre en œuvre la respiration avec Kumbhaka.

. Préserver un excellent état de santé existant


Enfin, si on ne fait l’expérience d’aucun problème de santé particulier, on peut penser et visualiser que l’énergie vitale se répand de façon égale dans toutes les parties de notre corps. Un tel soin participera à la conservation de notre bien être physique et mental.

Conclusion


Comme on le voit, le soin de soi par le Pranayama fait appel à toutes les composantes de l’être humain : physique, énergétique et mentale. La mise en œuvre de cette technique sollicite de nombreuses qualités de l’esprit : la concentration, l’ouverture, l’imagination, l’enthousiasme, la foi et la patience.
Plus vous pratiquerez et plus vous renforcerez de telles qualités, qui vous seront utiles pour votre vie quotidienne, mais aussi pour aborder des stades plus avancés du Yoga. Vous deviendrez d’habiles artisans, peaufinant, affinant chaque fois un peu plus votre technique.
En prenant soin de vous, vous renforcerez aussi votre maitrise de l’énergie et votre capacité à soigner d’autres personnes à distance (cf. Notre précédent article).

Christian Ledain                                                                                             Christianledain@wanadoo.fr

bibliographie :
Swami Sivananda, La science du Pranayama, Centre International de Yoga Védanta, page 85

mardi 10 avril 2018

Soigner une personne à distance


Il n’est rien de plus douloureux que d’être touché par la souffrance d’autrui et de se sentir démuni, impuissant, incapable de rien faire.

Bien sûr, on pourrait imaginer qu’il suffit alors de s’endurcir, de devenir indifférent pour se sentir  épargné. Mais cela n’aurait pas d’efficacité réelle : comment pourrait- on être heureux seul, alors que les autres êtres seraient plongés dans la souffrance ?

La solution consiste donc à agir pour le bien d’autrui. Heureusement,  le Yoga nous offre une technique formidable, à la fois simple, puissante et rapide pour nous permettre de soulager autrui. Cette technique consiste à transmettre notre énergie vitale.

Comme le Yoga nous l’apprend, l’énergie vitale, appelée Prana, est maitrisée par l’esprit. Les nombreuses pratiques de Pranayama nous permettent ainsi d’emmagasiner le Prana présent dans l’air que nous inspirons, de le répartir dans notre corps subtil et de le transférer à volonté.

Pour accomplir une pratique si excellente il convient de réunir plusieurs conditions extrêmement simples avec lesquelles vous êtes déjà familiarisés.

. La posture juste

Il est nécessaire de s’installer en posture méditative car ce n’est qu’à cette condition que l’énergie peut être distribuée harmonieusement dans les milliers de canaux de notre corps subtil et que notre esprit peut être maitrisé.

Il convient ensuite de réunir trois forces.

. La force de l’amour altruiste.

Nous sommes touchés par la souffrance d’autrui ; elle nous est insupportable. Cette sensibilité à la vie d’autrui, loin de constituer un handicap dont il faudrait se débarrasser en devenant « dur », constitue une haute qualité morale que les Yogis ne cessent de développer. La première phase du Yoga, Yama, qui regroupe différentes prescriptions, enjoint de développer Ahimsa, la non-violence. Par-delà la simple abstention de tuer, ou simplement de nuire, il s’agit d’accomplir un flot d’actions vertueuses consacrées au bien d’autrui.

Les Yogis s’entrainent donc constamment à développer l’amour des autres êtres afin de leur porter secours.

Comme nous sommes peu entrainés pour le moment, nous allons tourner notre esprit vers une personne qui nous est spontanément chère. Nous savons que cette personne ne se porte pas bien sur le plan physique,   ou mental, ou bien les deux à la fois.  Quand nous aurons plus développé les qualités de notre esprit, il nous sera possible alors d’envelopper de notre bienveillance des êtres qui nous paraissent plus neutres, voire même hostiles. Mais, un tel élargissement de notre esprit suppose d’avoir préalablement intégré la loi de causalité, ce qui n’est peut- être pas encore le cas.

. La force de la concentration

Nous nous représentons la personne devant nous, même si savons qu’elle se trouve géographiquement à des centaines de kilomètres. Les contingences physiques, par définition, ne peuvent constituer des obstacles à la circulation de l’énergie qui peut traverser l’espace en un instant. Nous pouvons nous représenter cette personne assise ou allongée, cela n’a pas d’impact sur le soin. Nous devons garder l’image de cette personne bien stable en mémoire.

. La force de la technique

Nous allons envoyer notre énergie durant notre expiration en mettant en œuvre une respiration particulière qui comprend une phase de rétention de souffle, poumons pleins, nommée Kumbhaka.  Cette respiration se décompose  ainsi : 2- 8 -4 . Il faut ainsi compter 2 temps lors de l’inspiration, puis retenir le souffle durant huit temps et expirer durant quatre temps.  A l’occasion de l’inspiration nous prenons l’énergie vitale qui est dans l’air ; puis, au cours de la rétention, nous canalisons cette énergie au niveau du centre du cœur (anahata chakra) ; enfin, lors de l’expiration nous envoyons cette énergie en visualisant des rayons de lumière jaunes qui partent de notre cœur et parviennent instantanément à l’autre personne. Nous voyons, à l’expression de son visage, que cette énergie lui fait du bien, nous ressentons qu’elle se sent soulagée, apaisée, soignée. Générer un tel sentiment est indispensable pour l’efficacité du soin.

Il est souhaitable d’accomplir cette pratique durant cinq minutes pour commencer, afin de nous familiariser et de préserver un esprit bien concentré. Plus tard,  quand nous serons plus entrainés, nous pourrons agir pendant un quart d’heure.

Il est nécessaire, après avoir envoyé l’énergie, de reconstituer notre stock, de recharger nos batteries. C’est pourquoi  nous devons continuer à prendre quelques respirations particulières avec Kumbhaka (rétention poumon pleins), mais sans plus émettre de rayons lumineux. Nous pensons que le Prana que nous emmagasinons au niveau du chakra du cœur lors de la rétention de souffle, se trouve ensuite diffusé dans tous les canaux de notre corps subtil au moment de l’expiration. Ce temps pendant lequel nous rechargeons nos accumulateurs sera égal à la moitié du temps que nous avions consacré à émettre l’énergie vers l’autre personne.

CONCLUSION

Cette pratique est excellente car elle va vous permettre de soulager la souffrance d’autrui. Elle nous aide ainsi à développer un amour authentique à l’égard des êtres. Elle constitue aussi une aide précieuse pour développer la concentration. Enfin, elle constitue l’armure la plus puissante qu’on puisse revêtir pour se protéger : en prenant soin d’autrui, on prend soin de soi, ce que la loi du karma nous enseigne.

Christian Ledain