vendredi 17 décembre 2010

Les différents niveaux de pratique dans la Salutation au Soleil


Je vous ai présenté dans un article précédent les différentes postures qui forment l’enchaînement traditionnel appelé Salutation au Soleil (Suryanamaskar en sanskrit).
Cet exercice peut être approché à différents niveaux de profondeur. Aussi pour vous permettre d’avancer sur le chemin de votre pratique personnelle, je vous propose d’examiner plusieurs étapes importantes.

1. L’enchaînement des postures

Il est tout d’abord essentiel d’apprendre à effectuer correctement les postures qui compose cet ensemble harmonieux qu’est la Salutation au Soleil.
Cette approche corporelle de la pratique est fondamentale et ne doit pas être minimisée. Le Yoga est aussi une forme de gymnastique, même si, bien sûr, il ne se limite pas à cela !
Cet exercice nous procure une excellente santé physique. Les bienfait matériels que l’on peut ressentir sont, en effet, nombreux : stimulation du système digestif, facilitation de la circulation sanguine, oxygénation du cerveau, régénération du système nerveux, développement de la souplesse, mobilisation fluide des articulations, tonification de musculature, régulation du poids ….. Ces bienfaits justifient à eux seuls une pratique quotidienne de cet enchaînement.
Le corps a une importance fondamentale dans le Yoga. La tradition indienne compare souvent la personne humaine à un attelage composite : un char tiré par des chevaux, et dirigé par un conducteur accompagné d’un passager. Dans cette métaphore, le char figure notre corps. C’est le véhicule qui nous permet d’avancer en cette vie. Et, pas moyen d’en changer ! Il nous faut donc faire avec et en prendre particulièrement soin. Développer une attitude protectrice, non violente est une composante essentielle de la sagesse.
Et si notre pratique ne se limitait qu’à recueillir des bienfaits physqiques, elle n’en demeurerait pas moins hautement estimable.
L’enchaînement correct des postures est déterminant et il est important de toujours veiller à les effectuer correctement. C’est la première phase de la pratique, mais c’est une phase qu’il nous faut toujours réactualiser. Parfois l’orgueil qui nous incite à nous dresser comme un paon dans la posture du Cobra, ou la méconnaissance nous conduisent à des attitudes corporelles excessives, voire dangereuses, et nous nous faisons alors mal. La vigilance, l’humilité et l’ouverture d’esprit sont donc des qualités qu’il faut constamment développer pour pratiquer toujours de manière correcte.
Mais, aucune inquiétude à avoir ! Si nous ne nous sentons pas bien après une série de Salutations au Soleil, c’est simplement que notre pratique à besoin d’être corrigée. Un conflit s’est installé entre notre mental, qui veut imposer quelque chose de néfaste, et notre corps, qui ressent de la souffrance. Il nous suffit alors de prendre en compte ce que nous indique notre corps qui, dans son immense sagesse, sait toujours ce qui est bon pour lui!
Ressentir les bienfaits physiques de la Salutation au soleil, peut vous conduire tout naturellement à vouloir aller plus en profondeur dans la pratique de cet enchaînement.

2 . la respiration maîtrisée

Tout en effectuant les postures, concentrez vous sur la respiration juste. Vous coordonnez ainsi mouvements et respiration correcte.

Cette façon de procéder n’a rien d’habituelle. En effet, dans notre vie quotidienne nous sommes centrés sur l’action extérieure ( par exemple, traiter tel dossier au bureau, faire les courses pour la maison…) et nous nous perdons de vue complètement, nous en oublions qu’il y a un pilote dans l’avion, nous! Ainsi conditionnés, coupés de nous-même, nous en ressentons un malaise croissant.
La pratique de la Salutation au Soleil est l’occasion de corriger cette approche erronée.
Vous apprenez, en effet, à maitriser votre souffle. Vous dissociez les différentes phases : inspiration, expiration, et vous introduisez deux étapes essentielles : la rétention poumons pleins et la rétention poumons vides. Ces rétentions de souffle, nécessairement volontaires, sont totalement absentes de la respiration passive ordinaire. Leur introduction est caractéristique du Pranayama. Vous parvenez ainsi à combiner dans la Salutation au Soleil les asanas ( postures) et le Pranayama (maîtrise du souffle et de l’énergie).
Mais, ne vous limitez pas à respirer correctement, vous allez bientôt plus loin. Laissez votre souffle prendre le devant sur les postures. Installez la respiration correcte et laissez vos postures accompagner votre souffle. Laissez vos postures s’accorder à votre souffle. C’est votre respiration qui donne le tempo et vos mouvements viennent s’accorder de façon naturelle aux temps de votre souffle. Ainsi, lorsque votre inspiration se déclenche, vos mains s’élèvent. Et lorsque votre inspiration se termine, vos bras cessent de s’élever. Et ainsi de suite. Ce qui est alors placé au premier plan de votre activité, c’est votre souffle et non plus votre action. Il en résulte votre action est alors parfaitement juste, vos gestes pleinement accomplis. Votre mental agité peut alors se calmer puisqu’il n’est plus sollicité de façon intempestive.
Bien sûr votre mental fera des tentatives pour réoccuper le devant de la scène. Vous replacerez alors simplement votre souffle sur le devant. Concentrez vous sur la régularité et la plénitude de votre respiration, régulièrement, constamment. Progressivement le calme s’installera en vous de façon stable et votre activité sera alors pleinement épanouie.
Vous pourrez alors passer à une pratique encore plus intériorisée et plus profonde.

3. La pratique intérieure

La Salutation au Soleil est considérée par les Yogis comme une Sadhana complète, une pratique qui engage la totalité de l’être et qui se suffit à soi seule. Elle agit ainsi sur toutes les composantes de la personne humaine : le corps, la circulation de l’énergie, mais aussi le psychisme, les émotions, ainsi que la dimension spirituelle.
Je voudrais insister ici sur l’impact bénéfique sur le psychisme et les émotions.
Comme toutes les autres pratiques du Yoga, Suryanamaskar est un outil d’évolution, de transformation intérieure. Cette transformation, c’est celle de notre esprit. Nous devons comprendre et intégrer profondément que nos problèmes de stress, de nervosité, d’irritabilité, d’abattements intérieurs résultent d’une utilisation incorrecte de notre esprit. Bien sûr, il y a des facteurs externes qui surviennent et déclenchent une réaction inappropriée de notre esprit. Mais cette façon incorrecte de réagir nous incombe. Et puisqu’elle nous appartient, nous pouvons donc la modifier.
La Salutation au Soleil nous offre ainsi l’occasion d’apprendre à transformer notre façon de réagir, apprentissage que nous pourrons mettre ensuite en œuvre dans toutes les circonstances de notre vie quotidienne.

. Comment entraîner notre esprit ?
Vous êtes en position verticale, les mains en salut devant la poitrine et votre respiration est régulée. Imaginez alors que vous êtes face au soleil. Dans votre esprit, représentez vous le soleil.
A bien y réfléchir, cela n’apparaît pas irréalisable. Vous avez déjà vu le soleil se lever au moins une fois dans votre vie et vous en avez gardé le souvenir. Vous pouvez donc faire ressurgir cette image de votre mémoire.
Au début cette image est peut-être instable, vacillante : elle apparaît une seconde, puis disparaît. Mais que cela ne vous affecte pas, car l’essentiel c’est le travail que vous accomplissez avec votre esprit, et non pas le résultat apparent, superficiel. Revenez donc avec constance sur votre support de concentration, en gardant un esprit bienveillant vis à vis de vous même. Ne soyez pas découragé.
Vous pourrez bientôt imaginez que vous ressentez la chaleur du soleil sur votre peau. Si votre esprit le croit, cela aura un impact bénéfique en vous.
Les personnes qui manquent un peu de foi, peuvent se remémorer que des expériences et des études très sérieuses ont été réalisées depuis quelques décennies. Des alpinistes entraînés à ce genre de pratique ont ainsi pu sauver leurs doigts lors d’excursions en haute montagne. Par ailleurs, des mesures effectuées en laboratoire grâce à des capteurs thermiques placés à la surface du corps ont bien enregistré des modifications de le température corporelle en surface.
L’intérêt de cet entraînement de votre esprit c’est d’apprendre à générer en vous même les sensations dont vous avez besoin. Vous gagnez ainsi en autonomie par rapport au monde extérieur.
Il est encore possible d’aller plus avant dans la pratique. Debout, face au soleil, générez en vous l’émotion de joie, et de reconnaissance. Vous êtes en effet heureux de contempler le soleil, de recevoir sa lumière. Ce sentiment est tout à fait normal, adapté à la situation car vous savez que votre vie dépend fondamentalement de la présence du soleil. Si le soleil s’arrêtait de briller nous disparaîtrions alors immédiatement.
Représentez vous que le soleil vous dispense ses rayons sans compter, avec une immense générosité. Ouvrez vous intérieurement à sa lumière et générez en vous une profonde joie et une grande reconnaissance.
Ces émotions, vous les avez déjà rencontrés dans votre vie. Vous les avez donc en mémoire, et il vous est possible de les faire ressurgir.
Même si votre vie est difficile en ce moment – et même surtout si votre vie est difficile actuellement – générez, attisez en vous ces émotions bénéfiques, positives. Donnez leur de l’espace dans votre cœur.

. A quoi bon tous ces efforts ?Parce que vous allez ressentir que ces émotions demeurent en vous, se maintiennent en vous bien après la fin de votre pratique, et qu’elles se renforcent jour après jour. Vous prenez contact avec une source de bien-être intarissable puisqu’elle est en vous et non à l’ extérieur.
Prenez conscience que si vous attendez pour être heureux que le ciel soit bleu, que les passants aimables et souriants, qu’il n’y ait pas de moustiques, ni de courants d’air froids…, vous risquez alors de ne pas être heureux souvent. Et peut être même jamais.
Développer la capacité à être heureux passe par un travail sur l’esprit, et il n’y a que nous qui puissions faire ce travail pour nous. Par ailleurs, les autres personnes n’en ressentiront que des bienfaits.
Quoi que vous viviez, la meilleure chose que vous puissiez faire c’est de vous reconnaître le droit d’être heureux et de vous en donnez pleinement les moyens. La Salutation au Soleil est un des nombreux outils que le Yoga nous propose pour y parvenir.

En développant les capacités de votre esprit, vous allez gagner en liberté, en espace intérieur. Vous allez vivre mieux au quotidien, développer le contentement et le détachement.

. Mais qu’est ce que le détachement ?
Si je crois qu’il faut que le ciel soit bleu pour que je sois heureux, je suis alors dans l’attachement. Maintenant, si je parviens à être heureux si le ciel est bleu ou s’il n’est pas bleu, j’ai alors développé le détachement. Je suis heureux car la source de mon bonheur est intérieure. C’est une source intarissable qui jaillit de moi. Bien sûr, cela ne vient pas en claquant des doigts. C’est une entraînement, une pratique, une discipline de l’esprit. Mais il me semble que cela en vaut vraiment la peine. Car qu’y a t-il de plus important qu’apprendre à être heureux ?

Conclusion

La Salutation au Soleil vous permet ainsi différentes approches. Le jour où vous ressentez de l’ ennui dans la pratique, que vous pensez en avoir fait définitivement le tour, c’est peut être qu’il est temps d’aller plus avant, de vous engager plus pleinement dans la pratique.
La salutation au soleil pourra ainsi vous accompagner tout au long de votre vie. Et vous découvrirez alors des bienfaits que je n’ai pas signalés. Car je ne prétend pas tout connaître de cet exercice, c’est un compagnonnage sans fin. Aussi est il bon que votre esprit garde sa vigilance, son ouverture à ce qui se présentera. La connaissance pourra ainsi jaillir de vous sans obstacle. Vous apprendrez de la pratique même. C’est la pratique qui vous enseignera.

dimanche 18 juillet 2010

SOPHROLOGIE ET MEDITATION SUR L’ABJECT


Comment se libérer d’une dépendance

La sophrologie propose des techniques efficaces qui permettent d’agir de façon bénéfique sur le corps et le psychisme. Elle permet de traiter des problèmes quotidiens, tels qu’ arrêter de fumer, perdre du poids, retrouver un meilleur sommeil, ou encore traiter les phobies. Pourtant, si utiles qu’elles soient, ces techniques paraissent réductrices car elles ne prennent en compte que le corps et le psychisme de l’être humain.
De son côté, la méditation propose un chemin spirituel sublime, qui permet à l’être humain de réaliser pleinement sa nature profonde. Mais cette voie peut paraître escarpée à certaines personnes et éloignée des difficultés quotidiennes avec lesquelles elles se débattent.
Aussi, une approche particulièrement féconde consiste à rapprocher ces deux disciplines et à percevoir comment elles s’enrichissent et se fécondent mutuellement. La sophrologie puise ses principes et ses techniques dans le Hatha Yoga, le bouddhisme tibétain et le Zen japonais. Aussi, rapprocher la sophrologie de la méditation permet de retrouver la source et l’inspiration de la sophrologie en dépassant le coté " bricolage " qu’elle présente parfois. Par ailleurs, aller vers la sophrologie après l’apprentissage de la méditation permet de donner un ancrage très concret et emprunt de légèreté à la pratique méditative. Ces deux approches se complètent ainsi heureusement.
Afin de lutter contre les différents poisons de l’esprit ( ignorance, orgueil, désir, jalousie, avarice….), le bouddhisme du Grand Véhicule propose de développer les vertus opposées. Ainsi, une personne emprunte de beaucoup d’orgueil générera de l’humilité, tandis que celle qui est animée par l’égoïsme cultivera la générosité…
Pour libérer l’esprit du désir, une technique s’avère particulièrement efficace : la méditation sur l’abject. Ainsi, une homme trop sensible au charme féminin prendra conscience que le corps de la femme qui lui apparaît si désirable, est, en réalité, un agencement particulier de muscles, de tendons, de viscères, qui tous pris individuellement s’avèrent peu séduisants. Et si l’on retirait la peau qui recouvre ce corps qu’il désire si ardemment et qu’il idéalise, du même coup, son désir retomberait instantanément. Cette pratique permet ainsi de ne plus être le jouet de la tyrannie du désir. Elle permet aussi de mieux aimer la femme réelle avec laquelle nous vivons, avec ses qualités et ses défauts que nous reconnaissons et acceptons.
La sophrologie a repris et adapté cette pratique de la méditation sur l’immonde. Cet exercice est utilisé tout particulièrement pour se libérer de la dépendance à un objet : la cigarette, l’alcool, la nourriture …
A l’occasion d’une initiation reiki, j’ai récemment enseigné cette pratique à une personne qui voulait vraiment s’arrêter de fumer.
Nous avons d’abord examiné la cigarette sous son aspect le plus séduisant. La boite était d’un noir élégant, les cigarettes fines et leur papier d’un toucher délicat.
Puis, nous sommes allés au-delà de cette vue partielle afin d’avoir une perception globale et juste de la cigarette. Et la personne a bientôt reconnu que la forme d’un mégot écrasé est assez peu engageante ; que l’odeur d’un cendrier sale est nauséabonde ; et que la vue de poumons encrassés par la fumée est effrayante. Ainsi, dans un souci de justesse, nous avons perçu la cigarette dans l’ensemble de ses composantes.
Après ce recensement exhaustif, la personne a décidé de recueillir ses mégots dans un bocal qu’elle garderait précieusement sous les yeux. Par ailleurs, elle va accrocher dans sa salle de bains une photo de poumons endommagés par la fumée. Enfin, elle a décidé de garder, dans une pièce de son appartement, un cendrier encrassé qu’elle vient parfois sentir pour finir de se dégoûter de la cigarette.
Quand l’envie de fumer se présentera, elle se remémorera l’image peu engageante du pot rempli de mégots, ou la photographie des poumons endommagés et elle se souviendra de l’odeur du cendrier. Ces sensations lui permettront d’endiguer plus facilement la vague du désir de fumer. Et au bout de quelques minutes, lorsque le pic du désir sera retombé, elle se sentira alors plus libre vis à vis de la cigarette et plus confiante en elle, en ses capacités
Par ailleurs, l’énergie du reiki donnera beaucoup plus de puissance à sa pratique.
Voici un exemple de la façon dont on peut se libérer d’une dépendance en combinant deux approches différentes, mais pleinement complémentaires.

Christian Ledain, le 16 juillet 2010
Christianledain@wanadoo.fr

lundi 21 juin 2010

La transformation intérieure par la méditation

" Le Yoga est l’installation de l’esprit dans le silence. Lorsque l’esprit est parfaitement apaisé, nous avons accès à notre nature véritable, qui est une conscience sans limites "
Patanjali, les Yoga Sutras




" A quoi cela sert-il de méditer ? " Cette question légitime m’a été posée lors d’un cours, il y a trois ans. La réponse est simple : pour évoluer intérieurement. Maintenant, cette réponse, pour être pleinement comprise, nécessite certaines explications.
La méditation a ceci d’extraordinaire quelle nous permet d’agir sur nous-même et nous permet de nous transformer de façon positive.
Pourquoi la méditation connaît elle autant d'intérêt aujourd'hui en Occident ? Quels problèmes permet elle de résoudre ? Pourquoi "ça marche"? Comment expliquer ce qui se passe dans la conscience lorsqu'on médite ? Comment procéder concrètement ? A quelles difficultés sommes-nous confrontés lorsqu'on pratique ? Pourquoi, malgré les immenses bienfaits de la méditation, a-t-on autant de mal à "s'y mettre". Quels sont les types de méditation qui existent ? Voici quelles seront les questions que nous aborderons ici.
La méditation fait partie du patrimoine universel et il est nécessaire qu’elle soit accessible à tout le monde.
On retrouve sa présence dans différentes traditions : le soufisme de l’Islam, la kabbale juive, le Hatha Yoga indien, le christianisme catholique, protestant ou orthodoxe. Animés par un esprit d’ouverture et de tolérance, nous verrons d’ailleurs qu’elle fait profondément partie de notre histoire occidentale, même si elle a été quelque peu oubliée aujourd’hui. Regarder vers l’Orient nous permettra ainsi de mieux retrouver nos racines.

1. La clarification de la notion de méditation
La définition du mot méditation doit être clarifiée car ce terme possède deux significations, ce qui est source de confusion et de malentendus.

11. un sens étroit dans la langue française.
En Français, la méditation désigne une réflexion approfondie sur un sujet quelconque. Ce sens est celui du langage commun ( on dit ainsi que tel malfrat " médite " un mauvais coup), tout comme celui du langage philosophique classique (les " Méditations métaphysiques " de René Descartes, par lesquelles il entreprend de démontrer l’existence de l’âme et de Dieu, en sont l’illustration la plus célèbre).
Cette signification contemporaine n’a pas été " parachutée " dans la langue française, mais procède d’un héritage du latin.


. Une signification héritée de la langue latine
En latin, " méditation " s’exprime par " méditatio " qui recouvre le même sens que celui adopté par notre langue.
Le sens du mot méditation en français renvoie à la pratique des moines chrétiens dans les abbayes du Moyen-Age.
Cette pratique spirituelle chrétienne comporte 4 étapes :
. la lecture (lectio), et donc, l’écoute des textes. Cette phase correspond à la délivrance et à la réception de l’enseignement.
. la méditation (méditatio), c’est-à-dire l’examen soutenu, attentif et profond de ce qui vient d’être lu. Il s’agit ainsi d’éprouver, par la discussion rationnelle, la validité – ou l’absence de validité - du discours qui vient d’être tenu. Cette réflexion permet de se forger une conviction et d’accéder à une forme de vérité. Cette phase de réflexion est donc essentielle car elle permet de ne pas s’égarer dans des fausses voies. Cependant, la raison ne peut prétendre tout connaître car certains sujets lui échappe. Elle doit alors reconnaître elle-même ses limites.
. l’oraison (oratio), c’est-à-dire la prière longue, soutenue par une grande ferveur, un sentiment d’amour intense. Cette étape fait ainsi appel au cœur et à la dévotion. Elle permet d’intégrer de manière profonde la conviction que l’on s’est forgée précédemment et d’actualiser ainsi, dans la vie quotidienne, les enseignements qui ont été compris par l’entendement. Sans cette étape, la pratique serait sèche, intellectualiste, dépourvue de ferveur et de force. Ne dit-on pas d’ailleurs que le chemin le plus long est celui qui va de la tête au cœur ? Et le signe de croix chrétien reproduit bien ce cheminement : on touche d’abord son front avec la main, puis on touche son cœur.
. la contemplation (Contemplatio), l’absorption de l’être dans la transcendance. Cette phase, qui comprend différents niveaux, aboutit à l’extase, c’est-à-dire à la sortie de soi, à la prise de distance avec notre moi individuel, pour se fondre dans l’absolu. Cette phase permet l’accès à la connaissance supérieure, à la vérité transcendante. Cette connaissance se fonde sur l’intuition et ne passe pas par la médiation du raisonnement ( contrairement à la 2e étape). Cette connaissance est ainsi directe, immédiate, spontanée.
Ce cheminement en quatre étapes n’est pas spécifique à la pratique chrétienne et se retrouve dans les différentes traditions.
Un rapprochement fondamental mérite, dès à présent, d’être effectué : la prise de distance avec le moi individuel que le moine chrétien expérimente lors de la contemplation (4e étape), le bouddhisme insiste aussi sur son importance : le moi s’illusionne lui-même et la dissipation de cette illusion conduira le pratiquant au bonheur et à la libération.
La pratique spirituelle chrétienne en 4 étapes a perdu aujourd’hui de sa vigueur. Certes, elle reste enseignée, mais de façon confidentielle, dans des monastères, et on doit bien constater que la grande majorité des personnes baptisées n’y a pas accès. Aussi, pour renouer avec nos racines, avec notre tradition ancestrale, nous faut il faire un détour par l’Orient, où la transmission de cette pratique est demeurée vivante, et cela grâce à une tradition ininterrompue de maîtres à disciples. Ceci explique, sans doute, le grand intérêt qu’éprouvent les Occidentaux aujourd’hui pour la pratique de la méditation, telle qu’elle est enseignée en Orient.

12 La méditation possède un sens élargi en Asie.
La méditation, telle qu’elle est conçue en Orient, inclut les 4 étapes de la voie spirituelle exposées précédemment.
Le mot méditation dans son acception orientale peut se traduire en sanskrit par Bhavana . La définition générale de ce terme est : " exercice ". Dans le contexte qui nous intéresse, Bhavana va ainsi désigner l’ensemble des pratiques corporelles, mentales et spirituelles qui visent à la réalisation complète de l’être humain, à son épanouissement total.
Cette conception de la méditation prend donc appui sur une certaine conception de l’être humain, en trois parties.

121. la composition tripartite de l'être
Cette conception tripartite, présente dans la pensée indienne, nous est tout à fait familière, à nous Occidentaux. En effet, on la retrouve dans la pensée antique grecque et latine. L’être humain est ainsi composé de 3 éléments :
. Le corps ( corpus en latin, soma en grec) désigne l’ensemble des éléments matériels, physiques qui constituent une personne;
. Le mental ou psychisme ( anima en latin, psukhé en grec, manas en sanskrit, dont nous verrons que le bouddhisme affirme qu’il est souillé ( klistamanas)) produit la pensée, le discours rationnel. Ce que la langue française nomme " méditation " relève ainsi du psychisme.
. l’esprit ou le principe spirituel (spiritus en latin, noûs en grec) s’exprime de façon différente selon les traditions : l’âme des chrétiens, l’atman des hindous, ou la nature du Bouddha (tathagatagarbha) présente en chaque être. Cette composante de l’être accède à la connaissance par le biais de l’intuition, et non par la connaissance rationnelle.
Cette conception classique de l’être humain est souvent méconnue dans notre société. Le matérialisme ambiant tend à réduire l’homme à sa dimension physique, seule quantifiable et mesurable. Dans la mesure où les deux autres composantes de l’être sont ignorées, il en résulte un très profond malaise.
Nous allons voir que la méditation prise dans sa conception orientale fait pleinement participer les trois composantes de la personne humaine.


122. La méditation engage les 3 composantes de l’être humain :
La méditation n’est pas une pratique éthérée ou désincarnée. Elle n’est pas non plus une rêverie, une torpeur de l’esprit, une façon élégante de faire la sieste. Elle n’est pas, encore, un luxe pour oisifs. Elle est une pratique complète pour les êtres qui veulent évoluer et qui savent que l’orientation de leur vie dépend avant tout d’eux-mêmes.
Voyons comment les trois composantes de l’être se trouvent engagées dans la méditation :


Le corps :
Il n’y a pas de méditation possible sans une installation physique correcte. Le travail méditatif s’effectue dans une attitude corporelle ferme, stable et confortable, ce qui constitue la définition même d’une posture de Yoga.
Les bienfaits physiques de la méditation sont certains : la circulation sanguine est favorisée et la tension artérielle régulée; le mal de dos se trouve dissipé : la posture procure une bonne musculature dorsale et évite la voussure du tronc; la capacité respiratoire se développe et la respiration devient plus lente et plus spacieuse.


Le psychisme :
La méditation apaise le mental, régule l’humeur et permet de ne plus être le jouet des émotions qui sont sources de souffrance. Le moteur de cette libération va être la bienveillance et l’amour que l’on déploiera, de prime abord, vis à vis de soi.


La dimension spirituelle :
. La méditation suppose un postulat : il n’y a rien à aller chercher ailleurs, en dehors de soi ; en nous existe une dimension absolue, inhérente à la nature humaine. Cette dimension transcendante (appelée âme, esprit saint, Soi, ou nature du Bouddha, selon les différentes traditions) est simplement méconnue du psychisme car elle échappe totalement au fonctionnement du mental obscurci. Cette nature se trouve voilée par les idées fausses, les préjugés, les passions, mauvais souvenirs.
. La voie, le chemin de la réalisation va ainsi consister à actualiser cette transcendance en nous, lui permettre de se manifester. La méditation permet ainsi à la personne de réaliser la perfection potentielle de l’être humain. Elle est une voie de transformation intérieure permettant de réaliser la plénitude de l’être. Cette plénitude va se manifester par un dépouillement : on ôtera progressivement les voiles qui nous masquent, à nous-même, notre propre nature. La méditation permet ainsi d’être plus en paix avec soi et, par voie de conséquence, avec les autres.
Après avoir défini ce qu’est la méditation, voyons en quoi elle peut nous être utile.


2. La méditation constitue un remède à la souffrance mentale


Si notre vie était totalement heureuse, il ne serait pas nécessaire de méditer. Aussi, faut-il prendre conscience de l’insatisfaction qui nous afflige, et en reconnaître l’origine, pour prendre la décision de pratiquer. Tout comme le malade doit, au préalable, admettre l’existence de ses difficultés pour accepter de prendre la potion que lui prescrira son médecin.


21 l’être humain est confronté à l’insatisfaction et à la souffrance
Cette insatisfaction, nous l’expérimentons quotidiennement. En effet, notre société se caractérise par trois traits distinctifs : un haut niveau de confort matériel, allié à un grand désarroi mental (qu’atteste la consommation de médicaments psychotropes, ces substances qui modifient le fonctionnement de l’activité mentale, et dont la France est le premier pays utilisateur au monde), associé à une perte des repères spirituels ( perte d’influence du catholicisme).
Cette insatisfaction n’est toutefois pas l’apanage de notre société. Ainsi, il y a plus de 3000 ans, en Inde, plusieurs mouvements de pensée se sont élaborés pour mettre définitivement fin à la souffrance humaine. Ces trois mouvements, que sont l’hindouisme, le bouddhisme et le jaïnisme, partagent les mêmes ambitions et s’appuient sur des moyens comparables : le but de la pratique est de mettre un terme au cycle des réincarnations ; la loi du karma explique comment se libérer de nos difficultés ; enfin, les pratiques du Yoga et tout particulièrement la méditation, constituent des outils précieux pour accéder au bonheur.
Parmi ces trois mouvements de pensée, le bouddhisme accorde une importance toute particulière à la méditation. Historiquement, d’ailleurs, Siddhârta Gautama atteignit l’Eveil et fut totalement libéré de la souffrance au terme d’une longue méditation. Aussi, nous référerons nous à la pensée bouddhique pour aborder plus avant la méditation, puisque c’est elle qui en attend le plus.
Examinons donc d’où provient la souffrance humaine selon le Bouddha, ce qui constitue la première des Quatre Nobles Vérités.


22 Cette souffrance procède de l’ignorance fondamentale : l’illusion du moi
Pour le bouddhisme, nos problèmes psychiques découlent des émotions perturbatrices que sont la haine, la colère ruminée, la jalousie, l’orgueil, l’attachement.
Ces émotions perturbatrices ont leur source dans " l’ignorance de base ". Cette ignorance fondamentale, c’est " l’illusion du moi " : notre moi se perçoit tel qu’il n’est pas en réalité. L’idée que je me fais de moi est erronée et constitue la source de multiples conflits internes et externes.
Le moi est cette entité qui, en chacun de nous, dit : " moi ", " je ", et se conçoit comme étant différente et séparée des autres. Ce moi est ainsi enfermé dans une conception dualiste : il y a " moi " et puis " le reste du monde ". Ce moi aspire à conforter la conception qu’il a de lui même et cherche à supprimer tout ce qui compromet l’idée qu’il s’est forgée de lui même. Aussi, ne peut il s’empêcher de dissocier de façon continuelle " ce qui est bon pour moi " de " ce qui n’est pas bon pour moi ". Dès lors, tout ce que le moi expérimente se trouve continuellement pollué par ce jugement. Il en résulte que nos comportements ne cessent d’osciller entre l’attachement et le rejet.
Dénoncer l’illusion du moi ne signifie pas nier l’existence de ce moi. Si le moi n’existait pas, personne ne pourrait dire qu’il souffre. Le moi existe donc, mais pas tel qu’il voudrait être. Nous ne sommes pas tels que nous voudrions être et tout notre malheur vient de là.
Ce moi voudrait, tout d’abord, être éternel, permanent, immortel. Or, ce moi est mortel et impermanent : notre psychisme change tout le temps. Nos pensées changent, notre humeur change, nos émotions changent, nos sensations changent, et cela constamment.
Et il n’y a rien d’extraordinaire à cela : notre mental se comporte comme tous les autres phénomènes. Tout change, tout le temps, dans l’univers. Tout est en mouvement constant, depuis la plus petite particule, jusqu’aux plus lointaines galaxies.
Certes, au fond, je sais bien que ma voiture connaîtra inévitablement quelques éraflures, et que l’usure normale des pièces conduiront inévitablement cet honorable véhicule à la casse, passés les 200 000 kilomètres ! Mais, quand il s’agit de " MOI ", c’est plus difficile à admettre ! Je sais bien que je suis impermanent, mais je n’aime pas qu’on me le rappelle, et j’ai alors tendance à combattre tout ce qui me rappelle ma finitude.
A cette première illusion, sans ajoute une seconde, explique le Bouddha. Ce moi voudrait aussi être indépendant, autonome, central. Or, la vérité est toute autre : je dépends d’autrui, et les autres dépendent de moi. Je suis dans une relation d’interdépendance vis à vis du monde. Et si je suis ici, en ce moment, c’est parce que mes parents m’ont conçu, que l’on m’a nourri physiquement, affectivement et intellectuellement, que des médecins m’ont soigné, que les ouvriers chinois produisent le vêtement que je porte, etc…. Je voudrais me croire au centre du monde et que tout s’organise par rapport à moi, mais rien de cela n’est pas vrai. Je le sais bien, mais je n’aime pas – là encore - qu’on me le rappelle. Et cette vérité, je la mets de coté chaque fois que c’est possible. De cet évitement procèdent les disputes, les conflits, le terrorisme et les guerres.
Mais d’où vient donc cette illusion du moi qui paraît une véritable folie ?


23 Cette illusion est le produit du " mental perturbé "
Pour le bouddhisme, le grand responsable de ce désordre est le mental, qualifié de " souillé " (klistamanas, en sanskrit). Ce mental, perturbé par les émotions obscurcissantes, s’illusionne sur lui-même et entend bien entretenir cette illusion. Il s’empare ainsi de tous les objet de connaissance et les déforme. Ainsi, les 5 consciences des sens ( conscience de la vue, de l’ouie, du toucher, du goût et de l’odorat) sont fondamentalement pures : elles nous donnent une connaissance exacte des phénomènes. Mais, le mental souillé s’en empare et en fait des objets d’attachement ou de rejet, sources de souffrance.
Ce mental entaché, parasité, nous n’allons pas chercher à nous en débarrasser. Cela n’est pas possible car le mental ( manas) est une composante de l’être humain, et car cela rimerait à poursuivre la guerre vis-à-vis de soi-même. On va donc s’en occuper, en prendre soin par la méditation.


24 dissiper l’ignorance conduit au bonheur et à la libération
Pour réaliser la paix et le bonheur, il est nécessaire de dissiper l’illusion du moi. Ceci constitue le développement de la sagesse, l’intelligence suprême ( prajna, en sanskrit). Ce chemin implique d’actualiser l’impermanence des phénomènes et leur interdépendance.
Un rapide coup d’œil suffit alors à percevoir les bienfaits que nous recueillerons du développement de cette sagesse.
Reconnaître l’impermanence des phénomènes va me permettre de mieux accepter les changements inévitables : deuils, séparations affectives, vols, pertes d’objets, vieillissement de mon corps. Cette impermanence des phénomènes, nous le découvrirons par la méditation Vipasyana, correspond à la nature profonde des choses. Accepter que le changement fasse partie inhérente de la vie, l’admettre en profondeur va ainsi me permettre de mieux faire face à la souffrance née du changement.
Par ailleurs, reconnaître l’interdépendance des phénomènes va me permettre de sortir d’une position psychologique égocentrique et agressive. Je vais ainsi accepter plus facilement l’avis d’autrui, je vais devenir plus tolérant, ce qui me permettra de ne plus partir en la guerre contre autrui. Intégrer l’interdépendance des phénomènes développe ainsi la non violence.
Comprendre cela est nécessaire, et cette compréhension correspond à la 2e étape (méditatio) de la pratique spirituelle chrétienne ( voir ci-dessus paragraphe 11). Mais cette compréhension ne suffit pas. Elle nécessite une actualisation constante qui conduit alors à la 4e étape ( contemplatio) et à la connaissance totale.
Pour parvenir à une telle réalisation, il va falloir pratiquer !


3 les différentes méthodes méditatives se regroupent en deux familles distinctes et complémentaires
Il existe une grande diversité de techniques ( plus d’une centaine). Maintenant, elles se regroupent aisément en deux grandes familles de pratique.
Ces deux familles sont reconnues et partagées par les différents courants spirituels (bouddhistes et les non bouddhistes).


31 deux familles distinctes
Les deux formes de la méditation sont couramment appelées " calme mental " et " vue profonde "
. Shamatha ou technique du calme mental
C’est la technique qui calme le psychisme. En effet, en sanskrit, shama désigne " la paix " et tha signifie " demeurer ", d’où shamatha, " demeurer dans la paix, dans le calme ". Cette pratique consiste à développer la concentration, à diriger l’attention du mental sur un support unique.
Se concentrer, c’est diriger toute l’activité mentale sur un objet unique. Ce support peut être varié : un son ( pratique des mantras), une vision ou une image, le toucher du souffle…Il existe de multiples variations. L’esprit n’est alors plus sujet à la distraction et, comme un oiseau, finit par se poser.
Shamatha apporte ainsi un résultat indispensable : la stabilité du mental. Mais Shamatha ne donne pas accès à la connaissance suprême, à la connaissance ultime de la nature des phénomènes. La souffrance n’est pas éradiquée, mais se trouve atténuée. Un trader avide pratiquant Shamatha serait plus détendu, moins stressé, mais n’aurait pas pleinement conscience de l’inanité de son action.


. Vipasyana ou la vue pénétrante
Selon l’étymologie sanskrite, vi désigne ce qui est " supérieur " et payshyana constitue " la vision ".
C’est donc la technique qui apporte la clarté, la brillance, l’intelligence suprême ( prajna, en sanskrit). Elle donne accès à la compréhension de la nature véritable des phénomènes. Elle permet d’éradiquer les racines de la souffrance mentale.


32 Deux familles complémentaires
La conduite de ces deux pratiques est complémentaire pour mettre définitivement fin à la souffrance mentale.
Pratiquer Vipasyana sans Shamatha procure un psychisme clair, mais instable. Si l’on recourt à une métaphore, cela donne le résultat insatisfaisant. Imaginons une pièce plongée dans les ténèbres (l’esprit humain plongé dans l’ignorance). Si une main tremblante ( l’esprit instable) apporte une bougie allumée (la clarté dispensée par Vipasyana), la flamme va certes éclairer la pièce, mais cette clarté sera vacillante.
Pratiquer Shamatha sans Vipasyana est tout aussi incomplet : l’esprit est stable, mais ne discerne pas la réalité ultime des phénomènes. Pour reprendre la métaphore, la bougie est stable, mais sa mèche n’étant pas allumée, nulle clarté ne vient illuminer la pièce.
Il faut donc combiner Shamata et Vipasyana.

Une autre métaphore peut être utilisée pour mettre en lumière la complémentarité des deux méthodes méditatives. Prenons l’ eau boueuse d’une mare que l’on mettrait dans un vase. Tant que l’on agite ce vase, cette eau garde son opacité. Mais, si on laisse cette eau reposer, au bout de quelques minutes, la boue commence à se décanter, l’eau devient plus claire et un dépôt s’est formé. Au terme du processus, l’eau va apparaître dans toute sa pureté et la terre reposera au fond.
Dans son fonctionnement ordinaire, le mental est comparable à l’eau boueuse du début. Etant sous l’emprise des émotions perturbatrices, ce mental est en continuel état d’agitation. Mais si on laisse le laisse au repos, gràce à la méditation Shamatha, alors la pureté de l’esprit va se manifester progressivement. Avec la méditation Vipasyana on analysera en profondeur la nature de cette pureté, tout comme on analysera l’impureté de la boue déposée.

Selon les écoles et les aptitudes de la personne, Shamatha peut être pratiqué avant, après, ou en même temps, que Vipasyana.
Lorsque Shamatha et Vipasyana s’unissent, le pratiquant atteint alors le Samadhi, habituellement traduit par " recueillement ", " concentration " ou " absorption méditative ". On retrouve ici le stade de la contemplation de moines chrétiens. Le Samadhi est cet état de méditation profond, obtenu après stabilisation du mental dans lequel disparaît tout dualisme et où les notions de sujet et d’objet s’évanouissent.
Ce Samadhi comprend différents niveaux de profondeur, au nombre de quatre, appelés " les 4 dhyânas " ou " les 4 niveaux de stabilité méditative ".
Mais vous n’en êtes peut être pas là – en tout cas, moi, assurément pas - aussi est-il bon de rappeler quelques données pratiques de base qui conforteront vos bonnes résolutions !


4 Une mise en œuvre matérielle facile, mais difficilement acceptable par le psychisme
Méditer, est assez facile à réaliser concrètement. Si nous avons quelques difficultés " à nous y mettre ", c’est que notre mental crée des obstacles qu’il est nécessaire de bien identifier.


41 une mise en œuvre matérielle facile
Il n’est pas nécessaire d’avoir un matériel onéreux pour méditer : un bon coussin ou un tabouret suffisent pour s’installer. Il n’est pas nécessaire, non plus, d’avoir fait des études poussées. Il n’est pas plus nécessaire de consacrer beaucoup de temps à la pratique pour obtenir des résultats très positifs. La méditation est donc un moyen d’action totalement démocratique : il suffit d’ un corps et d’un psychisme en état de fonctionner, ainsi que d’une méthode simple ( cf. cours pratique de hatha Yoga).
Malgré cette évidente absence de difficultés matérielles, il faut bien reconnaître que la pratique de la méditation se heurte à certains obstacles, mais ceux-ci sont d’ordre mental.


42 Une mise en œuvre difficile à accepter par le psychisme
Le " mental pollué " sait bien que la méditation lui ferait le plus grand bien, mais il rechigne à cette pratique, tout comme un malade difficile maugrée contre son traitement ! Et cela, pour deux raisons :


. ce que voit le mental ne lui fait pas plaisir
Lors de la pratique les voiles de l’illusion se retirent lentement, et nous prenons alors conscience d’a priori, d’idées reçues, de projections, brefs d’erreurs en tous genres. Voilà pourquoi il faut du courage pour méditer.


. notre mental est attaché à son conditionnement
Comme une personne dépendante à une addiction, le mental ne renonce pas facilement à son agitation. Par définition, le " mental pollué " est attaché : il voudrait se bien porter tout en continuant à fonctionner de travers. Il souffre de son agitation, mais s’en accommode jusqu’à un certain point, comme un drogué.
Voilà pourquoi il faut de la patience pour méditer. Et il va falloir aussi déployer beaucoup de bienveillance, d’amour vis à vis de soi, afin de découvrir, sans se blesser, tout ce que l’on portait d’illusions et d’erreurs. On retrouve ici la voie du cœur, cette phase de la pratique que nous avons déjà relevé dans l’enseignement des moines chrétiens ( voir ci-dessus paragraphe 11), celle qui précède la contemplation des vérités ultimes.


conclusion
La méditation permet d’atteindre le bonheur et la réalisation complète de l’être humain, comme l’enseigne les différentes traditions.
Même si on n’y parvient pas en cette vie–ci, les bienfaits considérables que l’on va recueillir au cours de la pratique nous conforterons dans notre résolution de prendre pleinement en charge notre santé et notre vie.

Christian Ledain

christianledain@wanadoo.fr


Bibliographie :
Philippe Cornu, " Dictionnaire Encyclopédique du bouddhisme " , Le Seuil, 2001
René Descartes, " Méditations " in Œuvres et Lettres, La Pleiade, Gallimard, 1953
Jean-Pierre Schnetzler, " la méditation bouddhique. Une voie de libération ", Albin Michel, 1994

vendredi 12 mars 2010

PRATIQUE MEDITATIVE


" Aide ton voisin à passer sa barque de l’autre coté du fleuve et tu te rendras compte que ta barque aussi est passée " ( Proverbe indien)

Jeudi dernier, une personne est venue me trouver avant le début du cours, quand nous étions encore seuls. " Ma fille va mal. Elle est atteinte d’une maladie incurable et je ne sais plus comment l’aider. Je me sens tellement angoissée. Que puis-je faire ? "
J’étais profondément touché par son désarroi, ainsi que par sa confiance. Sa question résonnait étrangement en moi car une personne très proche de ma famille se trouve dans la même situation. Heureusement, le Yoga et le Reiki ne nous laissent pas désemparés face à de telles situations.
Ce soir là nous avons pratiqué une méditation particulière, puissante et bénéfique.

" Vous vous installez confortablement et fermement, le dos bien droit. Laissez votre respiration demeurer paisible et stable.
Ayez une foi profonde en la pratique, ayez pleinement confiance en vous.
Visualisez vous intérieurement dans cette attitude stable et sereine. Voyez comme votre visage est calme, reposé.
Maintenant, voyez un beau soleil resplendissant au dessus de votre tête. Pas tout là-haut dans le ciel, non, simplement juste au-dessus de vous. Et vous ressentez sa lumière bienfaisante pénétrer en vous par le sommet du crâne. Sentez vous progressivement inondé de lumière. La paix s’installe en vous, dans votre esprit. Vous la ressentez de plus en plus profondément à chaque instant. Cette lumière se répand dans votre cœur et dans tout votre corps. Vous êtes en contact avec votre puissance protectrice intérieure, en contact avec votre état de santé fondamental.

"Générez en vous une émotion de joie paisible. Nous avons tous connu dans notre vie un de ces moments de joie lumineuse. Vous en portez en vous le souvenir resplendissant. Reprenez contact avec cette émotion, même si - et surtout si - ce n’est pas ce que vous ressentez le plus souvent dans votre vie ces jours-ci. Attisez cette émotion, soufflez sur ce tison avec patience; laissez cette joie s’embraser en vous. Sentez la se répandre partout en vous. Vous devenez cette lumière, vous formez une unité avec cette clarté.
Maintenant vous rayonnez, vous dispensez généreusement cette clarté, cette paix. La lumière que vous recevez, vous la transmettez à cette personne qui vous est chère et qui en a besoin.
Vous ressentez une émotion d’amour profond. Vous voulez vraiment le bonheur de cette personne. Et vous la voyez recevoir cet amour avec générosité. Elle se sait aimée et elle se sent réconfortée. Un rayon de lumière verte part de votre cœur et vient toucher cette personne en cette région. Vous lisez la joie sur son visage. Même si sa santé physique est compromise, ce que vous lui transmettez l’aide, soyez en convaincu; et cela l’aidera à partir plus sereinement le moment venu. Cette personne voit votre calme, ressent votre douceur et tout cela l’apaise".

Cette méditation vous permettra de faire face aux événements et vous vous sentirez alors pleinement utile.

Votre esprit est malléable, façonnable comme un muscle. Entraînez vous à développer sa puissance. Personnellement, je pratique cette méditation régulièrement et j'en recueille de grands bienfaits.

vendredi 26 février 2010

Les Yogis et l’alimentation

A Christine

Pour les Yogis, se nourrir constitue une pratique complète en soi. Les trois dimensions du Hatha Yoga - physique, énergétique et mentale - s’unissent ainsi dans l’action de se nourrir.

L’importance matérielle de la nourriture est bien connue de tous : elle sert à sustenter le corps. Là-dessus les préconisations des Yogis n’ont rien de très original et recoupent les conseils de diététique que l’on peut trouver dans les magazines modernes. Par contre, l’ aspect énergétique et l’importance du travail mental sont deux dimensions fondamentales de l’alimentation méconnues des Occidentaux . Aussi, nous nous y arrêterons plus longtemps.


1. Une alimentation simple pour rassasier le corps


Les considérations diététiques des Yogis sur l’alimentation sont assez maigres ! D'ailleurs, dans la mesure où ils vivent souvent d’aumônes et d’offrandes, ils seraient mal venus de faire la fine bouche, sauf à prendre le risque de ne plus rien recevoir !
Le menu d’un Yogi correspond donc au repas traditionnel d’un indien que l’on peut consommer de nos jours encore dans n’importe quelle gargote. Le " régime yogi " se compose ainsi ordinairement de dhal ( lentilles) et de produits laitiers qui fournissent les protéines, ces " bâtisseurs des tissus cellulaires ". Le Yogi trouve dans le riz et les galettes de farine ( chapati) les glucides qui vont apporter la chaleur à son organisme. Les graisses se trouvent dans le beurre clarifié ( ghee) et les huiles végétales qui accommodent le plat. Rien que de très ordinaire donc, d’ailleurs, vous le saviez déjà, les Yogis ouvrent rarement des restaurants !
Rappelons cependant un conseil toujours d’actualité pour nous : " A l'occasion d'un repas, remplissez votre estomac à moitié. Remplissez le troisième quart avec un verre d’eau. Et laissez le dernier quart vide pour les gaz ". Jacques Chaban-Delmas qui ne pratiquait pas le Yoga, ou alors en cachette, expliquait ainsi à un journaliste le secret de son étonnant dynamisme : " Je sors toujours de table en ayant encore faim ".
Signalons enfin que selon Swami Shivananda : " L’excès de nourriture surcharge l’estomac, rend la langue pâteuse et l’esprit capricieux ". Alors, à bon entendeur, salut !
Plus originale est l’importance reconnue par les Yogis à la nourriture, conçue comme source d’énergie ( Prana).


2 . La nourriture est une source précieuse d’énergie


Le Prana anime les être vivants. Que ce Prana soit présent en quantité insuffisante, qu’il soit mal distribué ou mal utilisé, et un problème de santé finira immanquablement par se manifester en nous.
Les sources du Prana qu’absorbent les êtres humains sont diverses. Nous puisons essentiellement notre l’énergie dans l’air que nous inhalons, la nourriture et les boissons que nous ingérons, ainsi que dans le rayonnement solaire qu’absorbe notre peau ou encore dans les échanges que nous avons avec d’autres êtres : certaines personnes vous inspirent, vous donnent envie de faire de belles choses, tandis que d’autres vous pompent votre énergie ! Parmi cette diversité, la nourriture constitue indiscutablement une de nos principales sources d’énergie.
Tous les aliments ne constituent pas une source d’énergie. Les aliments frais sont chargés en Prana : légumes frais, pain frais, laitages frais... Par contre, ce qui est fermenté, congelé, mis en conserve, rassis ou mort est dépourvu de Prana.


La viande animale est ainsi dépourvue d’énergie vitale, tout comme les boites de conserve, les fromages fermentés, le pain rassis. Les Yogis recommandent d’ailleurs de les jeter ! Que cela ne vous empêche toutefois pas de déguster un bon Roquefort, si vous l’appréciez; sachez simplement qu’il est dépourvu d’énergie vitale et qu’il vous faudra donc en trouver ailleurs. Dans la viande vous trouverez bien sûr des constituants chimiques, mais pas de Prana. Pour vous dissader de consommer de la viande les Yogis complètent cet argument énergétique par une justification morale : les animaux sont rarement volontaires pour se rendre à l’abattoir ! Leur ôter la vie constitue donc un acte négatif qui alourdit le karma de celui qui les tue, ce dont tout mangeur de viande devrait se souvenir !
Le Prana est absorbé lorsque l’aliment se trouve sur la langue. Notre langue est ainsi un instrument d’absorption du Prana. Une pratique de purification traditionnelle consiste d’ailleurs à se placer au soleil la bouche grande ouverte afin de prendre un bain de soleil avec la bouche. Je vous la recommande chaudement, en évitant toutefois les guêpes ! A la différence des Occidentaux qui ne se soucie que de la propreté extérieure du corps, les Yogis s’assurent ainsi de leur propreté intérieure et les pratiques de purifications ( Criyas) ne manquent pas dans le Yoga.
Une fois l’aliment passé dans la gorge, l’organisme ne peut plus absorber le Prana. Bien sûr, le système digestif va décomposer ces aliments et en absorber les composants chimiques, mais ce travail d’assimilation se réduira à cela.
Afin d’absorber le maximum de Prana, les Yogis sont donc concentrés, recueillis et silencieux quand ils passent à table. Ils prennent aussi plaisir à cette nourriture qu’ils savourent et dégustent ainsi pleinement. Mais ils le font sans attachement.
On considère que tant qu’un aliment a du goût, il recèle du Prana. Aussi les Yogis mastiquent - ils longtemps !
De ce fait, les Yogis ont rarement besoin de beaucoup manger. Ils allègent ainsi d’autant le travail digestif, grand consommateur d’énergie, et disposent de beaucoup plus de ressources pour réfléchir, méditer et agir .
Vous trouverez , sans doute, quelques Yogis épris d’austérités et de privations de toutes sortes. Cela n’est pas nécessairement le gage d’une grande évolution psychologique et spirituelle. Cette attitude repose sur la croyance – que nous avons longtemps connue en Occident - qu’il faut faire souffrir la chair pour élever l’esprit. Personnellement, je trouve cette croyance erronée et malsaine. Se garder des extrêmes, développer une attitude bienveillante et protectrice vis à vis de soi me paraissent des conditions nécessaires pour évoluer avec assurance.
Se nourrir correctement permet à notre énergie d’être harmonieusement distribuée dans notre corps subtil. Cette attitude protectrice est une phase nécessaire. Mais il est toutefois possible d’aller plus avant et de faire de l’acte de se nourrir une pratique mentale à part entière.



3. Faire de l’alimentation une véritable pratique mentale



La pratique mentale est une composante fondamentale du Hatha Yoga : c’est elle qui nous permettra de transformer progressivement notre esprit et d’aller vers plus de bonheur et de réalisation de soi.
Cette pratique peut se faire à différents niveaux.


Tout d’abord, il est important d’avoir du respect vis à vis de ce que l’on mange. Si on consomme de la viande il est ainsi bon d’avoir une pensée reconnaissante vis à vis de l’animal qui a donné son corps pour nous.


Manger s’est aussi se relier à l’univers entier. Si en prenant votre café le matin vous avez conscience que ses grains sont parvenus par bateau de Colombie et qu’il furent chargés à bord, dans des ballots, par de nombreux ouvriers et si vous vous souvenez que des agriculteurs se sont appliqués à en cueillir les grains sur les caféiers, cela donnera à votre dégustation une saveur spéciale, qui n’est pas simplement le goût du café. Vous vous sentirez alors relié au monde, aux autres. Vous éprouverez de la gratitude pour ce travail accompli et pour la générosité de la nature. Vous prendrez alors mieux conscience de votre place sur terre : vous êtes un élément d’un ensemble, un maillon d’une chaîne précieuse. Après un tel petit-déjeuner vous vous sentirez riche d’une expérience plus profonde et accomplirez sans doute de meilleures actions.


Une autre pratique consiste à imaginer que vous faites une offrande du repas que vous allez prendre à un être que vous reconnaissez comme supérieur ( une divinité ou un maître spirituel, tels que Jésus, le Bouddha ou Shiva,). Vous imaginez ensuite que cette offrande vous est redonnée et vous en concevez beaucoup de reconnaissance, de gratitude. Une fois ce repas pris, imaginez que l’énergie, le Prana irradie de vous et que vous le dispensez généreusement autour de vous. Imaginez que vous utilisez cette énergie pour accomplir des actes méritoires qui engendrent un karma positif, des actes qui allègent la souffrance d’autrui et qui ont pleinement du sens pour vous. Vous vous apercevrez que vous disposez alors du ressort nécessaire pour accomplir ces actions bénéfiques. Vous prendrez mieux conscience que votre vie dépend d’autrui et que vous êtes dans un échange permanent. Votre repas ne sera plus un acte égoïste. Vous vous sentirez vraiment bien, à votre place dans l’univers, en harmonie avec les autres êtres.

Voilà quelques exemples qui peuvent enrichir considérablement vos repas.


CONCLUSION


Les Yogis nous enseignent que notre corps est sacré. Pourtant, trop souvent nous le traitons comme une poubelle. Prendre parfois le temps de manger, de savourer, sans être trop attaché à ce que l’on mange est une expérience qui pourra vous apporter santé, joie de vivre et harmonie intérieure.