LE PRANA : ENERGIE COSMIQUE ET ENERGIE VITALE



Le mot Prana a une signification bien précise dans la langue et la pensée indiennes.
Pourtant, cette signification n’apparaît pas de prime abord. En effet, selon son étymologie, « Prana » signifie en sanskrit « le souffle qui va vers l’avant ».
Il nous faut donc nous référer aux textes sanskrits qui font usage de ce terme pour clarifier cette notion. On découvre alors que le mot « Prana » possède une double signification : il désigne à la fois le souffle matériel et le souffle immatériel.
La langue française marque bien, elle aussi, cette double signification. Ainsi, lorsque le professeur de gymnastique enjoint à ses élèves d’ « inspirer », il les invite à inhaler, à prendre l’air à pleins poumons ; et il désigne ici le souffle matériel. Par ailleurs, lorsque le poète évoque son « inspiration », il fait référence à un phénomène immatériel, une puissance créatrice qui se manifeste à travers lui. Et cette inspiration, l’artiste la désigne parfois comme une force extérieure à lui : il parle alors de « sa muse », ou d’une intervention divine qui le visite.
Les langues sanskrite et française rendent donc bien compte d’ une même représentation de la réalité.

1 Le souffle grossier


Pris dans son sens matériel, le Prana désigne tout d’abord le vent, le déplacement matériel d’une masse d’air à la surface de la terre.
Cette réalité extérieure à l’homme trouve une correspondance dans le corps humain. Ainsi, le mot Prana désigne aussi la respiration, l’alternance répétée de l’inspiration et de l’expiration qui soutient notre vie.
On retrouve ici cette conception fondamentale de la pensée indienne : l’unité entre le microcosme et le macrocosme; autrement dit, ce qui se manifeste au niveau de l’espèce humaine renvoie à ce qui se passe au niveau de l’univers et de notre planète.
Cette conception d’une unité profonde, d’une identité structurelle entre l’homme et l’univers n’est pas propre à la philosophie du Yoga. Elle constitue une constante de la pensée indienne, affirmée dans les tous premiers textes dont nous ayons reçu la transmission ( cf. le Rig Veda 10.90).

Mais le Prana n’est pas simplement ce souffle physique dont nous percevons aisément la réalité. Le Prana désigne aussi le souffle immatériel.


2 Le souffle subtil

Le Prana désigne aussi l’ énergie. C’est la force qui anime non seulement l’univers, mais aussi l’être humain.


21 le Prana est l’énergie cosmique

Le Prana anime l’univers entier. On peut ainsi l’appeler « l’énergie universelle ».
Ainsi, toute forme d’énergie représente une manifestation du Prana. Toutes les formes sous lesquelles l’énergie peut être observée dans l’univers (énergie électrique, thermonucléaire, cinétique, etc.) constituent des manifestations du Prana.


Cette énergie assure une double fonction dans le cosmos :
Le Prana engendre, tout d’abord, le mouvement. Le Prana est ainsi le « moteur universel » (Louis Renou), la force qui crée le mouvement .
Par conséquent, tous les mouvements présents dans l’univers sont le résultat de l’action du Prana.
Cette conception n’est pas propre aux Yogis. Elle est partagée par les astronomes antiques. Ainsi, le Suryasiddhanta ( IVe s après JC), expose qu’il existe un moteur universel appelé Vayu (vent), assimilé au Prana, dont l’action explique le mouvement des 5 planètes qui pouvaient alors être observées dans le ciel (Mercure, Mars, Vénus, Jupiter et Saturne) .

De façon plus profonde et plus abstraite, le Prana désigne le principe qui est à l’origine de l’ univers, l’agent qui en est la cause. Selon cette conception, tous les éléments matériels qui composent l’univers procèdent du Prana, qui par nature échappe à la perception sensorielle. La matière procède donc du Prana, selon un principe de base de la pensée indienne formulé par la philosophie Samkhya et repris par les autres courants de pensée : ce qui est plus grossier procède de ce qui est plus subtil.
Pour le Védanta, le Prana n’est toutefois pas le principe ultime de l’univers car il émane lui-même du Brahman, principe suprême, l’Absolu inconcevable, que l’on peut appeler « Dieu ».



Avec ces considérations, sommes-nous si éloignés de notre propre tradition judéo-chrétienne ? Pas tant que cela, à vrai dire ! La Génèse, en effet, expose : « l’esprit d'Elohim planait au dessus des eaux" . Et le terme "ruah" traduit ici par « esprit », possède un autre sens : "le vent" (cf. La Bible, Génèse, in La Pléiade, page 3).

Mais le Prana n’est pas seulement l’énergie qui anime l’univers à l’extérieur de nous, il est aussi l’énergie qui anime notre être.



22 le Prana est aussi l’énergie vitale

Le Prana est la force qui fait que les êtres vivants sont des êtres animés. On peut synthétiser cette idée par la formule : « le prana, c est la vie ».
Cette affirmation est très ancienne puisqu’elle a été formulée pour la 1ere fois dans un texte fondamental de la pensée indienne, la Chandoggya Upanishad (1.1.5) : « tous les êtres entrent dans la vie ici-bas avec le souffle et la quittent avec le souffle ».
Il en découle que toutes les manifestations de la vie que les êtres humains connaissent : la pensée, les émotions, les sentiments, les actes sont l’expression de cette énergie vitale, le Prana.

Cette conception recoupe tout à fait ce que la langue française courante exprime avec clarté . En disant de telle personne qui vient de mourir qu’« elle a rendu son dernier souffle », nous associons intimement le souffle et la vie. Et l’emploi du verbe « rendre », montre bien que ce souffle ne nous appartient pas, que nous n’en sommes que des détenteurs à titre provisoire.

Parmi les caractéristiques de ce Prana, on peut dire qu’il est présent dans l’être humain dès sa conception, c’est-à-dire au moment de l’union des cellules sexuelles mâle et femelle .
Par ailleurs, au moment de la mort, le Prana présent s’échappe de l’organisme par un des dix orifices du corps.
Pour les Yogis, ce moment de la mort constitue un moment crucial où la « délivrance » ( moksha) peut être atteinte . Aussi, s’efforcent-ils de maîtriser ce processus en faisant emprunter au Prana un canal particulier. Si le Prana parvient à s’échapper par le sommet du crâne après avoir percé le point appelé Brahma randra, alors la personne n’est plus soumise au cycle des réincarnations (samsara). Si cette ascension de l’énergie jusqu’au Brahma Randra s’effectue du vivant de la personne, et non au moment de la mort, alors elle devient un « libéré vivant » (Jivan Mukta) .


Conclusion
Comme on le voit, la conception indienne du Prana est très cohérente.
Elle n’est pas non plus éloignée du savoir que véhicule notre langue française, à travers ses expressions imagées.
Elle s’accorde, enfin, avec certains aspects de la tradition judéo-chrétienne.
Elle ne pourrait choquer finalement que les tenants d’une conception matérialiste de l’être humain.

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